Vendredi 7 avril 2006 - 9H00
Ils sont en retard. J’attends Terri et Elly. Make-up à 9H00 on avait dit. Mais ce n’est pas grave. Ça me laisse le temps de remettre un peu en ordre mes idées, où j’en suis par rapport à ce que je m’apprête à faire. Là où j’écris, je suis à Ibiza pour tourner du gonzo. C’est une commande de Colmax. Mais c’est moi qui produis - avec leur argent. En gros, c’est la même configuration qu’à Prague, c’est donc une forme de retour aux sources. D’ailleurs je suis ici avec Eric, le photographe de « Prague Experiment » - mon premier film. Il est très content d’être là - c’est encore un échange de bons procédés -, et puis je m’entends très bien avec Eric. Je suis descendu avec Phil, qui piaffait d’impatience à l’idée de partir faire du gonzo à Ibiza avec moi. Il aura six scènes, une par jour. En tout j’ai six filles dans le casting, et je dois livrer deux films hard dits gonzo de 90MN et deux programmes érotiques de 70MN - bref, c’est très proche de ce que j’ai fait à Prague, sauf qu’ici il n’y a pas de scénario, donc pas de comédie à faire. C’est la première fois que je pars tourner quelque chose sans scénario. Je dois dire que ça me déstabilise un peu. Je n’ai que des intentions, et je ne sais même pas si elles sont claires dans ma tête. Le point de départ c’est l’orgasme féminin : parvenir à enregistrer la jouissance réelle des filles. Je ne me leurre pas : je n’y arriverai sans doute pas. Mais à ce moment-là, il faudra mettre en scène le témoignage de cet échec. C’était une suggestion d’Henri, et du coup j’enfourche mon cheval de bataille : le cinéma-vérité. Bon, ça passe quand même par un petit peu de mise en scène - mon travail oscillera entre le documentaire brut et la mise en scène improvisée de scènes de cul.
Je suis un peu tordu
En principe le gonzo consiste à enchaîner des scènes X toutes plus hard les unes que les autres. Il n’y a aucune recherche narrative, ni esthétique. C’est du pur sexe enregistré dans l’instant. Cette forme d’énergie m’intéresse, et j’ai eu la chance de l’approcher plusieurs fois lors du tournage d’ « Eloge », quand j’ai filmé ce qui se passait autour de la piscine, la DP avec Tiffany ou encore la séquence avec Terri et Andrea quand ils se mettent des beignes. Phil et Eric ont très bien pigé mon style : je faisais déjà du gonzo que j’intégrais dans ma mise en scène. Aujourd’hui, c’est le contraire : je dois intégrer de la mise en scène dans le gonzo. Pourquoi ? Et bien pour la simple et bonne raison que je suis incapable de diriger une scène de cul sans connaître l’émotion qui l’habite. Et pour ça, il faut que je crée de simili-personnages et une relation entre eux, que je pose une situation, bref, que je mette en scène un minimum - mon truc c’est le cinéma, pas le sexe. Je suis un peu tordu - après tout, je pourrais me contenter de les faire niquer -, mais j’ai besoin de me fixer des objectifs, une ambition, quelque soit le projet.
Ma bite et mon couteau
Ça n’a pas été sans mal de mettre en place tout ça. D’abord il a fallu convaincre Colmax. Je ne sais pas ce qui les a décidé finalement ; je pense qu’ils ont besoin de produire. C’est aussi une façon pour eux de me tester dans l’objectif de produire « le démon », un gros film que j’ai en projet et qui les intéresse. Maintenant ils ne mettent pas une fortune dans l’opération, je veux dire c’est à peine si je pourrai me payer, et ils ont rechigné à rallonger un peu le budget quand j’ai eu des soucis. Nous parlons là de 30.000€ - que dalle quoi -, pour fournir quatre programmes ! J’ai appris qu’ils envisageaient même d’éditer en DVD les films érotiques. Ce qui veut dire que je n’ai pas intérêt à merder. Je suis juste parti avec ma bite et mon couteau - et ma Panasonic -, en me reposant uniquement sur le décor, les filles et le soleil d’Ibiza. Pas de lumière, pas de PD-150. Oui, je suis gonflé. Mais bon, c’est fort possible que je loue quelques projos sur place, on en a parlé avec Eric, afin de tourner des scènes de nuit autour de la piscine - rééditer ce que j’ai fait pour « Eloge », parce que ces scènes-là à Tenerife étaient franchement réussies. J’ai pas d’ingé son non plus - question de budget. Par contre, la sœur de Terri nous fera à bouffer, son beau-frère fera le chauffeur pour aller chercher ou ramener les gens, etc.
Andrea a pris dix kilos
Terri s’est occupée de toute la production sur place. Elle a trouvé le décor, booké les filles - ce qui ne fut pas une mince affaire -, réservé les billets d’avion pour les faire venir de Barcelone ou Madrid, validé les versions successives du plan de travail que je lui faisais parvenir. Terri s’est montrée très efficace. Et je dois dire qu’elle est toujours aussi ravissante - Andrea par contre a pris dix kilos, il est glauque, il m’a avoué qu’il se faisait chier ; je pense que c’est l’arrivée prochaine de leur bébé qui le déstabilise. Bébé qui a été conçu - et j’en tire une certaine fierté - durant le tournage parisien d’« Eloge de la chair ». Si une femme est naturellement faite pour être mère, être père ça s’apprend - j’en sais quelque chose. Terri en est à son quatrième mois de grossesse et elle est superbe. Phil peut s’enorgueillir d’avoir été le seul hardeur Français à tourner une scène avec elle - ce qui suscita des jalousies dans le métier - c’était « RoadmovieX » en 2004. Nous avons découvert Angie hier, et Elly. La première est Tchèque, la seconde Roumaine. Elles sont gentilles. L’une blonde, l’autre brune, d’allure juvénile. Pas des canons, des nanas mignonnes. Pas des kilomètres de scènes au compteur, bien au contraire - ce qui servira mon projet. Si l’idée c’est de parvenir à l’orgasme, ma méthode sera de lire la personnalité de la fille et de la mettre dans les conditions pour arriver à la jouissance, en recréant une situation proche de ce qu’elle pourrait vivre. Voilà pour la mise en scène. Tout à l’heure est arrivée Anastasia Mayo, qui elle est très différente. Toute petite, un peu ronde, avec un visage rieur et un air coquin, confirmé par Phil qui affirme que c’est une folle du sexe - c’est d’ailleurs la « star » du film, car elle est une vedette en Espagne, et devrait me gratifier de sa première DP. Terri a fait fort de réunir toutes ces filles - et beaucoup sont des quasi-inconnues -, malgré les désistements et mes exigences esthétiques. Mais bon, d’après photo, c’est très casse-gueule de faire un casting, on est forcément un peu déçu quand on découvre les filles en vrai. La villa est chouette, grande et belle ; elle nous a été louée par un Allemand très sympa. Très lumineuse, pas trop mal meublée, avec des murs blancs, des tableaux - un décor dépouillé et plutôt de bon goût. J’alternerai les scènes à l’intérieur et dehors. Je dois faire aussi beaucoup de solos, deshabillages, moments d’intimité, érotisme soft. Ce sera peut-être la partie la plus compliquée, dans la mesure où je voudrais éviter que ce soit chiant, et dix minutes sur une fille, ça peut vite être ennuyeux dès lors qu’elle ne se masturbe pas - c’est la difficulté de l’exercice, qui exige déjà que la plastique de la comédienne soit impeccable - ce qui fut loin d’être le cas il y a quinze jours quand je suis allé tourner des strip pour Max Noizet à Sedan. Mais bon, ici ça ira mieux, les filles sont jolies dans l’ensemble, et il y a le cadre, et la lumière. Terri est en train de maquiller Angie - Terri s’occupera de ça, de plein de choses, elle fera des photos et en plus rédigera un sujet pour un magazine Hollandais - un genre de FHM. Ah oui, il y a aussi Ramon, un hardeur espagnol, qui est arrivé en même temps qu’Anastasia, et qui a l’air très gentil, avec en plus une belle gueule et un corps d’athlète. C’est un bel homme je dois dire. Donc au final, avec Phil, Andrea et Ramon, et toutes ces filles mignonnes comme tout, je suis plutôt satisfait de mon casting.
C’est la vie
Ce matin, DP avec Angie, Phil et Andrea. Cet après-midi un duo Anastasia et Ramon, puis un solo Anastasia. Eric fera de vraies séances photo, pour avoir de belles images érotiques, indispensables pour les jaquettes et toute la communication. Je veux être irréprochable aux yeux de Colmax, ça garantira la future mise en place du « Démon », le film que je veux tourner pour eux dans la foulée, peut-être en septembre, car j’en aurai bien pour deux mois à monter tout ça. Mais « le Démon », je veux qu’ils le produisent eux, parce que la prod, c’est franchement casse-pieds. Quand j’ai fait « Prague Experiment », ça allait, mais là, après l’expérience d’ « Eloge » où j’avais un producteur, ça me saoule carrément de m’occuper de gérer le budget, les contrats, etc. Dieu merci, Terri est là, et elle me file un sacré coup de main. Ah oui, marrant : hier on a raté l’avion à Valence, la correspondance pour Ibiza. On était comme des cons à discuter et on a loupé l’embarquement. On a pris l’avion suivant, mais franchement, ça la fout mal. Enfin bon, c’est la vie.
Je mets un point d’honneur à me déchirer la tête.
20H56. Nous sommes une communauté ici. Mon fantasme est réalisé. Je veux dire que ce fameux idéal de vie communautaire existe, il est de l’ordre du possible. Je le ressens, sans que ce soit un phénomène extraordinaire, mais au contraire en toute simplicité. La sœur de Terri avait fait de la bouffe délicieuse. Elle et son mari nous l’ont amené avec leur petit garçon, on s’est régalé, toute la tablée silencieuse après une bonne journée de travail, c’était magique. Il y a une ambiance très paisible, très peace and love, avec les pétards qui tournent en permanence - avec Terri je suis le seul à ne pas tirer dessus, sauf après le boulot bien sûr, où là je mets un point d’honneur à me déchirer la tête.
La DP c’est pas mon truc
Là c’est le soir et tout le monde s’est dispersé. Phil joue à la X-BOX qu’Andrea a ramenée de chez lui. Les filles essaient de choper du réseau pour téléphoner. Andrea et Terri sont dehors, ils regardent le soleil se coucher. Ramon et Anastasia sont montés. Ramon est très sympa, il m’a fait une scène terrible avec Elly. Pour info, c’était sa première scène de cul - en général elle fait que poser pour des photos. Ça a été super. Je ne sais pas trop ce qui est réussi techniquement parce qu’avec le soleil que j’ai eu, je ne voyais rien sur l’écran LCD - enfin, suffisamment quand même pour cadrer. Plus tôt on avait fait la scène avec Angie, le démarrage avec Phil s’était très bien passé, mais après Andrea a tout démoli en la jouant gonzo, donc on a repris et ça a été, mais décidément la DP c’est pas mon truc. Enfin, demain celle avec Anastasia dépotera j’en suis sûr, parce qu’Anastasia Mayo c’est de la bombe. Elle m’a fait un solo du feu de dieu. C’est un petit bout de femme, toute ronde, très très sexy. Ceci ne me fait pas tellement avancer au niveau de l’orgasme. Elly, je ne pense pas qu’elle ait pris son pied, ça reste de l’ordre de l’imitation. Le but serait plutôt de parfaire cette imitation. L’orgasme réel risque de toujours m’échapper. Ce qui me permet tout à fait d’insister comme je le fais sur les visages. Bon Dieu, j’espère que j’ai la matière. J’ai tourné trois cassettes.
Jack Tyler










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