Epilogue

Dimanche 22 janvier 2006 - 15H20

Ma femme vient de partir se promener. Elle fait la tête. Elle en a marre du cul, de toutes ces filles que je filme et qui me font vibrer. Je peux la comprendre. Le montage touche à sa fin. Je suis très content du film. Comme je m’y attendais, il sera réussi - en tout cas au regard de ce qui se fait en France. J’ai attaqué le boulot juste avant Noël. Avant ça, j ’avais eu une semaine de numérisation pour rentrer toutes les images et effectuer la synchro des prises tournées avec la Panasonic. J’ai mis dix jours à assembler un ours de trois heures. Puis cinq jours pour la première version X, qui faisait un peu plus de deux heures. C’est à ce moment-là pour la première fois que j’ai eu des nouvelles de Max. On s’était juste envoyé un mail de bonne année et je lui avais écrit que j’étais content des rushes. Sa discrétion est bizarre, j’ai peur qu’il ne veuille pas me payer l’argent qu’il me doit encore, ce qui me mettrait vraiment dans la merde. Il est convenu que j’envoie simultanément à Max et à Henri la même version, soit la version DVD, qui sera plus longue que la version Canal +. Celle-ci ne doit pas excéder 1H46. En revanche, en DVD je peux aller jusqu’à 1H55. Pour Canal +, je devrai également couper certaines choses, comme les baffes lors de la scène Terri/Andrea, ou les crachats de Katy. De toute façon je couperai ce que Henri me demandera de couper ; ça me va très bien comme ça. Je suis globalement satisfait du film, surtout à partir du deuxième tiers, tout le milieu du film et jusqu’à la fin ça dépote grave. La scène de DP, contrairement à l’impression post-tournage que j’avais, est super réussie. Tout ce qui se passe avec Katy aussi, autour de la piscine et dans le salon. Le montage s’est fait sans douleur, j’en ai moi-même été surpris.

Je ne suce pas Beigbeder

Ce mois-ci ils parlent de moi au Journal du hard, ils ont passé le sujet sur le film. Pas une seule seconde ils ne parlent de miss K. En revanche, ils ont gardé ce qu’il fallait de mes propos. J’ai été très agréablement surpris. Un peu choqué quand même par l’apparition de mon producteur vantant les mérites d’une bonne partouze tout en pelotant Emy. C’est pas comme ça qu’on relèvera le niveau du porno en France et qu’on améliorera son image - mais bon. Je devrais recevoir incessamment la musique de mes amis d’Abstrackt Keal Agram. Je suis allé travailler deux jours à Paris avec eux. Ils ont été surpris par le côté beaucoup plus hard de ce film comparé à « Propriété privée ». Ils ont composé des choses, ou m’ont simplement prêté des morceaux déjà faits ou à réarranger. La musique sera bien. Celle de l’autre musicien aussi. Du coup j’ai pu annoncer à Max que je tiendrai mes délais : le DVD sortira en avril comme prévu, et sera annoncé avec un dossier spécial dans le Hot Video qui paraîtra fin mars. Henri parle d’une programmation sur Canal + en novembre 2006. En mars passera « Propriété privée » , et également paraîtra « Rec. », un roman que j’ai écrit sous le pseudonyme d’Adam Nash, aux Editions Inverse. (Vous avez le droit de l’acheter, parce qu’il risque de ne pas se vendre beaucoup ; je ne suce pas Beigbeder, ni personne chez Gallimard ; je ne connais aucun journaliste ni personne du sérail.) Et en mai devrait sortir aux Editions Canubis un autre bouquin que j’ai écrit, un polar qui s’intitule « PK », une histoire de tueur fou avec plein de sexe et d’ultraviolence. En ce qui concerne « la chair », il me reste à fignoler le montage, les sons, la musique, l’étalonnage, le générique, et bricoler quelques bonus pour le DVD, mais je suis déjà projeté dans le futur : j’ai confié à Henri l’ébauche d’un scénario, qui m’a été inspiré à l’origine par cet extrait du merveilleux poème de Michel Houellebecq tiré de son dernier bouquin (dont les cent premières pages sont insupportables, mais après ça s’arrange) et qui en constitue le climax :

« Il existe au milieu du temps La possibilité d’une île. »

J’ai tourné et retourné ces vers dans tous les sens, et ça a donné un récit déconstruit, sur le désir, la fin du désir, l’amour, la trahison. Je le tournerai peut-être avant l’été, peut-être après. Avant ça, je vais essayer de partir à Pâques à Ibiza réaliser du gonzo pour Colmax. A priori ça devrait se faire, dans la mesure où ils en ont parlé à plein de gens - à Henri notamment. En revanche, c’est possible que je produise moi-même mon prochain gros film. Ça dépendra de la trésorerie dont je disposerai et du budget nécessaire. Quant à Max, je ne sais pas si je retravaillerai pour lui un jour ; ça dépendra, j’imagine, de la carrière du film, et de nos envies respectives. Le problème est qu’ils ne sont pas nombreux à produire des gros films X en France aujourd’hui. Bon, il faudra bien que je reprenne contact avec Dorcel. Quand Henri m’interrogeait sur mes projets, je lui ai dit qu’à terme je finirai par supprimer toutes les scènes de cul de mes films, et qu’alors on pourra parler véritablement de cinéma indépendant. En attendant, je fais ce qu’on me permet de faire.

Jack Tyler

PS : Samedi 4 février j’étais au salon de Bruxelles où avait lieu la cérémonie des awards. On m’avait prévenu quelques jours plus tôt que « Propriété privée » était nominé dans trois catégories : meilleur film, meilleur réalisateur budget moyen (sic), meilleur scénario. Colmax a jugé bon que je m’y rende, la perspective de recevoir un prix étant plus que réaliste - les jeux étaient faits, dirons-nous. Je me suis donc levé à 6H00 du matin, j’ai pris un train pour Paris, changé de gare et embarqué dans le Thalys pour Bruxelles. Là j’ai retrouvé Vincent de Colmax au salon ; Vincent est un mec sympa, nous avons à peu près le même âge, il vient de la musique, nos cultures sont proches et nous partageons un regard relativement décalé et amusé sur le milieu du X, bref on ne se prend pas trop au sérieux. Le stand Colmax était chouette, ils ont quand même un putain de catalogue. Un écran balançait des films - le mien notamment. Aller à ce salon fût l’occasion de faire la connaissance de gens et d’en revoir d’autres. J’ai donc discuté avec John B. Root, Fred Copula, Phil, d’autres dont je ne me souviens plus du nom, Eric mon pote photographe de « Propriété privée » (c’est lui qui m’avait prévenu en premier des nominations) ; j’ai revu Sebastian Barrio qui m’a dit des choses très gentilles sur ma façon de bosser (ce qui m’a un peu troublé vu que je n’avais pas trop eu le feeling avec lui) ; j’ai revu Nomi à qui j’ai dit que je pensais à elle pour un film et que j’avais souhaité la prendre pour « Aux frontières de la chair » mais que Max n’avait pas voulu (elle était au courant) ; Katsumi m’a un peu snobé, je ne sais pas pourquoi, à mon avis c’est parce qu’elle est comme ça ; j’ai revu Cynthia Lavigne, fait la connaissance d’Alyson Ray : à elle aussi j’ai dit que je pensais à elle pour un rôle, ce qui est vrai, et que j’avais voulu la prendre pour « aux frontières », mais que Max n’avait pas satisfait ma demande - elle aussi était au courant… Alyson est une fille super bandante, avec un gros cul, mais vraiment bonne… Vincent m’a dit que sa copine était gaulée un peu pareil ; évidemment, à table, comme on se faisait un peu chier, on parlait de meufs, forcément. Le problème c’est que cette cérémonie manquait de filles - c’est un paradoxe ! Je m’attendais à un bataillon de Tchèques et de Hongroises - tu parles. Vincent m’a expliqué que le salon avait scissionné l’année dernière, et qu’un événement concurrent se déroulait dans quinze jours - allez comprendre… Donc pas de filles de l’Est, à mon grand dam. Du coup, et ce malgré la présence à notre table de deux jolies actrices espagnoles, on a scotché sur une bombasse italienne. J’apprendrai plus tard dans la soirée que la fille est en exclu avec une boîte italienne, c’est une ancienne modèle - elle est vraiment canon. Ah, les Italiennes… Vincent est aussi très ému par Aria Giovanni, comme moi. Le porno tend à t’accoutumer à des physiques moyens ; ce n’est pas mon cas, j’ai une putain d’exigence en ce qui concerne les filles, désolé. Tout lors de cette soirée est venu comme du bonheur. Il faut dire que j’ai battu mon record d’absorption de whisky, record qui tenait depuis la soirée finale du tournage de « Propriété privée », quand on est sorti en boîte et qu’Axelle s’est inquiétée sur mon état et que je lui ai répondu : « J’ai à peine bu ! » d’une voix d’ivrogne (scène immortalisée dans le making-of). Donc merci à Colmax pour l’open bar ! Du coup Vincent est revenu à la charge sur le scénario ; faut que je me magne de le pondre ; ils s’impatientent. En attendant j’ai reçu quelques photos de filles envoyées par Terri pour les gonzos. Le texte que j’avais filé à Henri, c’est de la merde. Bâclé, merdique. Je vais envoyer autre chose - même thématique, mêmes intentions, mais mieux rédigé, plus explicite en tout cas. Henri me fait confiance ; on a passé la soirée entière à discuter (avant et après la cérémonie, vu que pendant nous n’étions pas à la même table), et il en a été ravi. Quand je suis monté sur scène pour recevoir ma statuette du meilleur film, ça venait à la toute fin de la cérémonie, l’ambiance était dissipée, les gens bavassaient, j’étais complètement ivre, j’ai donc rien dit de ce que je voulais dire, juste remercié Nina, Tiffany, Axelle, Phil et Andrea et puis salut - ah oui, j’ai remercié l’Académie des Césars - mais personne n’a relevé. J’ai oublié notamment de rendre hommage aux guerrières - je manquais de concentration. Vincent m’a fait remarquer que je n’en menais pas large. Je m’en fous : ce que j’ai à dire, je le dis là. Je le dis quand je travaille, aux gens qui bossent avec moi. Ce que je pense, mes films en sont l’_expression. Phil a eu un prix aussi ; il a profité de la tribune pour défendre le film scénarisé. Tiffany a été récompensée, ça m’a fait plaisir. On a longuement discuté aussi, de notre collaboration, du travail ; elle était à la table de Max - la plupart des gens que je connais était à cette table, moi j’étais avec Colmax. J’ai filé « Aux frontières de la chair » à Max et à Henri ; je l’avais achevé vendredi et gravé un DVD dans la foulée pour le leur remettre. Maintenant j’attends leur coup de fil ; j’espère que ça ne tardera pas ! Un peu plus tard, de retour au bar, Gregory Dorcel m’a demandé si j’étais content et m’a payé un whisky. Je ne sais plus ce que je lui ai dit. Sans doute merci et que oui, j’étais content. En fait je reluquais leur starlette Oksanna, plutôt mignonne et chic, en souriant bêtement avec ma statuette sous le bras.

OK. Ils ont été ravis du résultat. Henri, qui n’est pas du genre à passer de la pommade, m’a dit que certaines scènes du film comptaient parmi les plus belles qu’il ait vues - et des scènes de cul, il s’en est tapées ! Je pense qu’il faisait allusion à la DP et au salon. Je crois en effet que j’ai fait un grand film. Chez V.Com ils ont été scotchés aussi. Du coup ils m’ont demandé de faire un commentaire audio pour le making-off et une petite interview dans laquelle j’explique mon rapport au porno. Je crois qu’au final il y a des chances pour qu’on refasse un film ensemble. En attendant ils sont en train de me mettre sur des petits trucs soft pour Kiosque - des strip. Par ailleurs, le titre du film a changé : ce sera « Eloge de la chair ». On en revient au titre initial, qui ne plaisait pas à Henri, mais finalement il a changé d’avis. Moi je suis ravi car je trouve qu’il correspond mieux au film et à son propos. « Aux frontières de la chair » ça collait au point de vue du personnage d’Angela. Or le film dépasse ce point de vue. Voilà voilà. Quant à mon prochain film, c’est décidé, ce sera « Le démon », un projet que j’ai dans mes tiroirs depuis cinq ans. C’est en fait le tout premier scénario que j’avais envoyé à Colmax à l’époque, et qui leur avait plu - ça m’avait permis de les rencontrer. Henri aussi connaît le projet. Il fallait que je me mette sur quelque chose de plus ambitieux encore que « la chair ». C’est pour ça que je séchais grave sur cette histoire houellebecquienne - trop banal, trop mollassonne. « Le démon » est un film drôle, singulier, très anar. Bref, un super projet. J’espère le tourner en juin. Je suis à la recherche du décor. D’ici là, je devrais partir à Ibiza faire du gonzo ; Colmax a validé mon budget. C’est Terri Summers qui s’occupe de tout préparer là-bas - location de la villa, casting, etc. Je partirai avec Phil, qui est ravi. Ah au fait, Terri est enceinte. Inutile de dire que cet enfant à venir sera sans conteste magnifique. Je suis sûr que ça fera beaucoup de bien à Andrea de connaître le doux envoûtement de la paternité.

Jack Tyler