Jeudi 8 décembre - 04H08
Je ne sais plus trop quoi vous dire. Je ne sais plus trop où j’en suis. J’ai répondu à une interview pour le journal du hard de Canal+ tout à l’heure, c’était en plein tournage de la partouze, je n’avais pas du tout la tête à répondre à des questions, je ne sais même plus ce que j’ai dit, sans doute des conneries et le dixième de ce que j’aurais voulu dire, mais bon, de toute façon ce sera charcuté, alors il y a peu de chance que reste une trâce là-dedans de ce que le porno représente pour moi. Au moment où j’écris, c’est surtout de la fatigue qui pèse sur moi. Mais aussi le sentiment d’accomplir quelque chose. C’était criant avec la partouze de ce soir, qui s’est super bien passé. Les comédiens étaient à l’écoute, malgré la présence des photographes, de l’équipe du JDH et de touristes de passage. Max a estimé judicieux de prendre les choses en main, de montrer qu’il gérait l’affaire. Il m’a même interrompu à un moment pour laisser bosser les photographes, craignant sans doute que je les oublie. Il n’avait pas tort. J’étais bien parti dans le truc. J’avais l’intention de séparer les zones, de traiter les baises l’une après l’autre, et puis finalement c’est parti en live, je passais d’un groupe à l’autre, c’était chaud, intense, j’ai fait des images fabuleuses, surtout avec Terri et Andrea qui rayonnaient littéralement dans la lumière. J’avais changé les ampoules des lampes, mis des 150 watts, le visage de Terri irradiait, c’était somptueux. J’avais eu l’idée de génie de prendre la Pana. Alors j’y suis allé à la main. Nina qui intervenait dans la scène en tant que journaliste, filmait avec une petite Sony prêtée par un copain, ce qui me permettra d’avoir aussi des regards caméra. Moi je passais d’un groupe à l’autre, alors c’est sûr, quand ça part en live comme ça, t’es emporté dans un torrent d’énergie. Tu es happé par l’intensité du truc. J’ai fait des beaux plans. Je suis content.
Max ne me parle presque plus.
Avant ça, j’avais fait toute la mise en place de la soirée, avec miss K. et L. qui se découvraient, masqués, puis qui partaient baiser (c’est la scène que je n’ai pas filmé et je ne sais pas si ça marchera avec la partouze). Terri les conduisait, après un petit échange lesbien avec miss K., que j’ai failli ne pas faire - Max m’a rappelé à l’ordre. Max qui ne me parle presque plus ; je pense qu’il a peur de moi, ou peur de tout, je ne sais pas, nos rapports sont viciés. Me connaissant, je sais que je ne ferai aucun effort pour arranger la situation. Je trouve nul qu’il ne me témoigne pas plus de reconnaissance. Les mecs du journal du hard, je ne sais pas s’il ont une idée de ce qui me guide, je ne sais pas ce qu’ils ont pensé de la scène, de ma façon de bosser. Une chose dont je sois sûr, c’est que j’ai les mecs et les filles de mon côté. C’est une bonne chose mais finalement la question est : que suis-je en train de faire ? Seb n’est pas un type très attentionné avec les filles et c’est dommage, il leur parle mal et il y a eu un clash avec Cynthia pendant la partouze, heureusement ça n’a pas jeté de froid, je l’ai recadré sans manifester le moindre reproche ou la moindre contrariété, et c’est reparti. Cynthia est une jolie fille, plutôt sympa. Les autres, je ne sais pas. Elles ne m’ont pas inspiré - deux nanas de l’écurie de Max. Il n’y a que Terri que j’ai envie de filmer. Et c’est ce que j’ai fait - sans négliger le reste, bien sûr. La partouze est un moment important du film - et un passage obligé. En tout cas ce n’était pas crade, mais intense et charnel.
J’ai perdu du bide.
Avant la partouze j’ai filmé une scène dans la cuisine avec Bamboo et Pascal, de vrais professionnels, gentils comme tout. Ils ont aussi participé à la partouze et ont même remis les couverts, Pascal aura éjaculé deux fois durant la soirée. Il a bossé avec Andrew Blake mais il ne s’en souvient même pas. Il a travaillé avec les plus grands, il connaît Andrea. Andrea qui a été parfait. C’est lui qui a donné le signal, ils se sont mis à baiser comme des sauvages Terri et lui, c’était impressionnant. Le reste de la troupe a suivi, un phénomène d’émulation je crois. J’ai remercié Andrea, je l’ai félicité. Terri, elle doit sûrement lire dans mon regard à chaque instant ce que je ressens pour elle. Son visage est un bonheur à filmer. Elle m’a donné beaucoup ce soir, c’était beau, charnel, puissant. Quatre positions je crois. Je pense que la partouze sera réussie. La comédie avant, je ne sais pas, on verra. On a attaqué à 18H00. Les filles sont arrivées au make-up à partir de 14H00. On a cassé à 1H00 du matin, alors que j’avais prévu 3H00. Max m’avait mis la pression sur l’horaire. Dans ce grand décor où il est tentant de taper dans tous les axes, je ne sais pas où planquer les photographes, les touristes et les autres. C’est un spectacle, une foire, on vient se rincer l’œil. Ce milieu me flanque la nausée, alors qu’est-ce que je fous là ? Je suis là pour le visage de Terri. C’est ce que j’ai dit au journal du hard, ils filmaient mon tee-shirt, je n’ai pas eu la présence d’esprit de le soulever et d’exhiber mon tatouage réalisé à Prague, d’autant que j’ai perdu du bide, tant pis, je leur ai donc dit que je faisais du porno pour filmer des visages (de femmes), pas des trous du cul. Je leur ai dit que ce que j’amenais au porno c’était le cinéma - mais bon, en fait je ne sais pas ce que j’amène. J’ai ajouté que j’avais des doutes sur le fait que le X puisse être considéré comme un genre cinématographique. Le journaliste m’a parlé de Michaël Ninn, mais j’ai fait remarquer que les gens comme Ninn évoluaient dans une autre économie, que le porno en France était ghettoïsé, manquait de rigueur, de compétence. On s’est fait la refléxion avec Mike, lors d’une pause photo pendant la partouze, qu’un tournage traditionnel c’était déjà le bordel, mais que là, ça atteignait des sommets inimaginables.
J’envisage de me mettre minable.
Enfin au bout du compte, je crois obtenir ce que je recherche en termes d’intensité et d’émotion. En tout cas ce soir. Ce que je sais, et qui est terrible, c’est qu’il n’y a aucun respect pour les filles. Bordel de merde, et je participe à ça. Enfin, je ne vais pas faire mon chevalier blanc, les filles y trouvent leur compte aussi, mais ça m’a fait vraiment bizarre quand j’ai filmé Terri pour la première fois en train de se faire sauter. Ça m’a fait un choc, puis j’ai vu rapidement que c’était de l’amour. Ce n’était pas mécanique, ce qu’ils accomplissaient Andrea et elle, il y avait une authenticité à leur acte, quelque chose de leur relation l’imprégnait. C’était beau. Là j’ai filmé de l’amour - et j’ai filmé avec amour. Les autres, c’était de la baise. Je n’avais pas diné, alors je me suis avalé un poulet frites dégueu avec les trois Guiness habituelles (deux pintes et un demi) en compagnie de Mike après le tournage. Demain faudra que je file à Max mes notes de frais. J’espère qu’il ne va pas trop masquer. De toute façon il n’a pas intérêt à envenimer notre relation, c’est moi qui ai les rushes et vais me farcir le montage. Cela dit, ce sera un plaisir. Monter en boucle le visage de Terri Summers. Il faudra que j’essaye de me souvenir que c’est quand même miss K. l’héroïne de ce film. C’est marrant comme les Canaries me semblent lointaines. Cette partie parisienne relance complètement le récit. C’est très excitant. Demain dernier jour de tournage, scène d’amour Terri et Andrea - anale. Et après, Terri m’a proposé de sortir avec eux. Elle doit aller récupérer une valise de fringues chez Hustler, c’est une boite à Paris, affiliée j’imagine à la revue éponyme. J’envisage de me mettre minable grande taille. Et j’espère que Terri dansera pour moi.
Décidement pas du même monde.
Je viens de réveiller Andrea ; Terri prenait sa douche. Moi j’étais debout à dix heures, j’ai pris un petit-déjeuner avec Nina que j’ai retrouvé au café. À présent il est treize heures, c’est le dernier jour. Terri ne m’a pas fait la bise, nous avons des rapports très distants depuis le début, et ce n’est pas plus mal. Je suis très choqué de la façon dont le journal du hard l’a traitée, en ne l’interviewant pas sous prétexte qu’elle refusait de leur faire un show, de se masturber devant la caméra. C’est d’une indécence, proposer ça à une fille de cette classe ! Bon sang, elle a tourné avec les plus grands ! Blake, Ninn ! Ces journalistes de mes deux devraient se prosterner devant elle ! Selon Max, c’est à cause de ce contretemps que nous avons pris du retard hier. Max ne voit aucun problème à ce que les filles se branlent à l’œil pour Canal +. Moi ça me choque, nous ne sommes décidément pas du même monde - de plus Max ne semble pas particulièrement fasciné par la beauté de Terri. Personne ne voit de magie dans l’offrande que nous fait Terri lorsqu’elle se met à nu et fait l’amour pour la caméra. Ils ne voient qu’une meuf qui nique. J’ai dit ce que je pensais à Max de tout ça, mais je ne suis pas certain qu’il ait compris. Nina m’a raconté ce matin que Véro lui avait dit qu’ils avaient l’impression que je ne les aimais pas - ce qui est faux, je parlerais plutôt d’un fossé culturel. J’ai aussi le sentiment qu’ils n’estiment pas mon travail à sa juste valeur. Ils verront quand le film sera terminé. Les mecs du journal du hard, en revanche, ont semblé apprécier ma maestria - encore ce que Nina m’a dit. Quand ils étaient tous coincés dans la cuisine alors que je filmais la partouze, ils ont dû discuter sec entre les prises - voire pendant. Cet après-midi, séquence de comédie dans la voiture avec Nina, Terri et L., puis scène d’arrivée à l’appartement avec les mêmes, et ce soir scène d’amour Terri et Andrea. Je vais finir en beauté. Peut-être à la Pana.
Jack Tyler










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