Mercredi 7 décembre - 02H19

Je tourne avec Marion Cotillard. Marion Cotillard est cette jeune actrice française que vous admirez tous et qui a travaillé à Hollywood - elle a joué dans « Big Fish » de Tim Burton (bof) et donné la réplique à Russel Crowe. Je considère Marion Cotillard comme une des meilleures actrices françaises, très jolie qui plus est, et fort bandante ; elle était remarquable dans « les jolies choses », même si le film est faiblard. Je n’ai pas vu « Un long dimanche de fiançailles » car je suis en rupture idéologique avec le cinéma de Jean-Pierre Jeunet depuis « Amélie Poulain », cinéma qui participe à mon sens à la dictature de la vacuité et condamne notre société à se complaire dans un reflet morbide où prédomine une absence totale de morale et de sens, reflet pensé et fabriqué dans les agences de pub de l’ouest parisien. Enfin bref, j’aime beaucoup Marion Cotillard et Terri Summers lui ressemble de façon étonnante. Elle le sait d’ailleurs, parce qu’on l’a prise pour elle une fois dans une boîte aux Etats-Unis. Quand je lui ai dit à qui elle me faisait penser, elle savait qui était Marion Cotillard et m’a resorti l’anecote. Terri est terrible. C’est ma princesse sur cette partie-là du tournage. Ce qui m’aide, parce que du coup ma mise en scène s’axe autour d’elle. De plus, elle développe un personnage qui m’intéresse, toujours le même d’ailleurs, l’héroïne anti-Dorcel, qui assume sa sexualité et se méfie profondément des hommes. Elle a été parfaite. Je lui ai fait faire une interview dans laquelle j’ai integré des propos foncièrement féministes que je vais essayer de glisser au montage à l’intérieur des scènes de cul. J’ai tourné aussi des plans dans Paris, rue de Rennes et boulevard du Montparnasse, près de la Coupole, des plans à la Panasonic avec elle et Andrea qui se promènent, des plans volés en pleine rue, avec un temps dégueulasse, une lumière à chier, je ne sais pas ce que ça donnera. C’est des trucs que j’ai rajouté au scénario, d’une part pour développer le personnage de Deborah Lust, star US du porno, avatar de Terri Summers même si ça a été écrit à l’origine pour une délurée comme Taylor Rain, d’autre part parce qu’il me manque de la matière pour la version érotique, comme je l’ai expliqué précédemment. Si j’ai pu faire ça aujourd’hui, premier jour de tournage de la seconde partie, ainsi que deux scènes érotiques dont un réveil-bain-masturbation, et un deshabillage-masturbation en caméra subjective, bref si j’ai pu tourner ça, c’est que c’est pas moi qui filmais cet après-midi la scène hard de miss K. et L.

Entouré d’incompétents

Ce qui s’est passé, c’est qu’aux Canaries, lorsque j’avais eu une discussion houleuse avec Max, je lui avais lancé que s’il y avait un problème vis-à-vis de moi pour miss K. et L., il n’avait qu’à prendre quelqu’un d’autre pour filmer la scène. Du coup il l’a fait. C’est Véro, sa femme, qui a tourné la scène. Bon, ça ne me dérange pas plus que ça, du moment que j’ai la matière au montage, c’est la façon dont Max m’a fait avaler le truc que je trouve un peu gênante. Il m’a mis devant le fait accompli, comme s’il s’agissait de quelque chose de normal. Ce qui n’est pas le cas. Enfin bref, ça rejoint la discussion avec Mike de ce soir, après le tournage qui s’est heureusement terminé à 23H30, et pendant deux pintes de bière plus un demi pour finir, où nous avons mis à plat la problématique quant à faire du porno, qui sont ces filles, qui sont ces mecs, qui sont ces gens qui produisent ça, dans quel but, qui suis-je et que fais-je là, et Mike m’a dit qu’il se sentait capable de faire le hardeur, de jouer dans une scène, pourquoi pas. Je lui ai dit que je m’en sentais incapable. Je lui ai proposé de venir faire du gonzo avec moi et de passer hardeur pour l’occasion. On en revient toujours au même truc, on est entouré d’incompétents (je ne parle pas des comédiens ni de Cyril ou Emilie), de gens qui font ce métier pour des raisons bien différentes des miennes ou de celles de Mike (qui lui ne recherche que l’efficacité et le travail bien fait, même si je pense qu’il a conscience de la possibilité d’une dimension artistique à la chose), de gougnafiers, de gens qui n’ont absolument aucune vision artistique et s’en contrefiche royalement - mais cette remarque vaut aussi dans une certaine mesure pour le cinéma dit traditionnel, dont la vocation commerciale n’est plus à démontrer. En ce qui concerne le porno, il s’agit d’un système en marge, ghettoïsé, livré à la médiocrité - en partie pour les raisons économiques que l’on connaît mais qui n’excusent pas tout. On peut avoir des ambitions artistiques, une exigence vis à vis du travail et une éthique dans la précarité, je dirais même a fortiori dans la précarité. La morale et la dignité c’est tout ce qui nous reste quand on n’a plus rien. Avec Mike, nous avons envisagé à un moment que le porno ne serait pas un genre cinématographique à part entière. À cause de la manière dont il est pensé et fabriqué par les gens du X, il s’apparenterait plus au snuff movie. Mike me dit que la prochaine fois je devrais demander le double d’argent, à moins que Max change sa façon de fabriquer un film de cette ambition - Max qui nous a emmené déjeuner à la Brioche dorée (sic) ce midi, et ce soir dans une pizzeria. Mais peu importe. Ce qui me sauve, ce pour quoi je fais du porno et ce qui me fait croire en ce que je fais, c’est une fille comme Terri Summers, ma Marion Cotillard du X.

Sa bite souillé de bourguignon anal

Je vénère certains filles, c’est vrai. Elles me font décoller, je trouve ce que je cherche, et mon film sera peut-être intriguant. J’espère qu’il sera réussi en tout cas, et ce soir j’ai pas mal assuré. Malgré une fatigue préambulaire très inquiétante, j’ai appelé ma femme pour me ressourcer un peu, j’avais presque envie de pleurer en lui parlant. J’étais dans la pizzeria avec le reste de l’équipe, à savoir Max, Estelle, Emilie, Cyril, Mike, Sebastian - avec lequel je travaille pour la première fois -, et Emy, jeune recrue de Max, sympathique et plutôt maline, même si physiquement c’est pas ma came, mais qui m’a offert une scène intéressante et très porno, qui plaira sans doute aux amateurs de X traditionnel. Lumière bof, PD-150. Seb nous a gratifié de sa lourdeur légendaire en plaisantant sur sa bite souillée de bourguignon anal, au grand dam d’Emy qui n’a pas non plus sa langue dans sa poche et m’a bien fait marrer en faisant mine de venir m’embrasser avec le visage couvert de sperme. Avant ça, j’ai réussi deux scènes de comédie avec Andrea, Terri, Loïc, Seb et Emy. Emy a été bien. Seb pas terrible mais ça ira. Je leur ai fait bosser le texte tranquillement avant de tourner, j’ai fait des mises en place, des mécaniques, la routine quoi, mais une routine totalement inédite pour les gens du X. Bref, j’ai fait mon boulot, avec Max, Estelle et Véro bien attentifs dans un coin du plateau. On tourne dans un super décor. Un loft très chouette rue de l’arrivée, sous la Tour Montparnasse. On tourne à Paris, bordel ! L’hôtel est dans la même rue, à vingt mètres. Quel bol ! Ça a encore été la croix et la bannière pour avoir ce décor. À l’origine on devait tourner dans une maison pourrie de Noisy-le-grand. Puis ça a été une belle baraque près de Limours, mais le propriiétaire (un photographe de pub) finalement n’a pas voulu. Et enfin ce loft dans le 15ème dégoté par Estelle à deux jours du tournage. J’ai discuté avec le mec, je lui ai fait comprendre que j’adorais son décor - ce qui est vrai -, et il a accepté que je tourne aussi dans sa chambre avec salle de bain intégrée. C’est là que j’ai shooté de jolies choses avec Terri/Marion ce matin. Au départ, ce que Max m’avait appris lundi soir quand je suis arrivé, après avoir récupéré des fringues auprès de la styliste, c’est qu’il était prévu de tourner la chambre dans une piaule de l’hôtel où l’on créchait ! Quelle aberration ! Mais bon, le mec a été d’accord, apparement il aime bien se rincer l’œil. Il est photographe. Il fait des trucs en video érotiques pour le net. Si j’étais si vidé ce soir avant de commencer à tourner, c’est qu’on avait pas mal bossé déjà (même si Mike pense qu’on tournait plus de trucs dans une journée de tournage pour M6) et aussi que j’ai dormi seulement quatre heures la nuit dernière. Après avoir vu le décor, j’étais trop excité, j’avais tiré deux lates du joint de Double-Zéro d’Andrea, qui m’a déchiré après avoir travaillé avec Terri sur ce qu’on allait faire aujourd’hui, bref, impossible de dormir. (J’en avais même oublié mon portefeuille et mon portable dans leur piaule !) Bref, je refaisais le film dans ma tête, toutes les cinq minutes je rallumais pour prendre des notes, je trouvais d’autres trucs à filmer pendant que Véro fimerait L. et miss K. copulant, je réecrivais les scènes, repensais ma mise en scène en fonction du décor, et quand j’ai tourné, j’ai appliqué mes réflexions et mes idées, et j’ai été inspiré, rigoureux, j’ai fait bosser les comédiens et ça s’est très bien passé, tout le monde était ravi, on n’a pas fini trop tard - pas comme la nuit prochaine où l’on risque de terminer à 04H00 du mat, mega-partouze oblige. Terri et Andrea avaient fini vers 22H00. Je regrette de ne pas les avoir retrouvé plus tard, je veux dire maintenant. On serait allé boire des coups et j’aurais regardé Terri danser dans une boîte branchée en buvant du bon whisky. Ça j’aurais aimé. Mais non. Au lieu de ça je me suis imbibé de Guiness jusqu’à deux heures du matin en refaisant le monde (du porno) avec mon vieux complice Mike. Nous avons exalté nos esprits. À présent je suis dans ma chambre d’hôtel et je repense à ce qu’un pote m’a dit ce matin au téléphone, et qui m’est resté en travers de la gorge, ou alors j’ai mal interprété ses propos, il m’a demandé si les comédiennes dormaient dans mon hôtel, sous-entendant que je les baisais la nuit. Il est complètement à côté de la plaque. Du coup j’ai parlé à Nina de ma perte de désir sexuel. Elle dit que c’est normal. Ce métier annihile la libido. Qu’est-ce qu’il reste alors ? L’amour.

Jack Tyler