DB UNIT 19.01.06

Une nouvelle année vient de débuter et, comme tous les ans, j’ai fait mon plein de bonnes résolutions, je ne vais pas toutes vous les énumérer mais en citer une seule : je sortirais moins en soirée Drum. Ca, c’est d’la résolution ! En m’imposant un tel châtiment, je me faisais violence, je m’auto-flagellais. Consulter l’agenda des soirées sur le site Internet de lavibe.org devenait un véritable supplice. Flavor of the month (Under Pressure Records) au Batofar, Massive au Rex, See My Music au Glaz’art, Junglistic Sistaz (@xélibre & Open Yür Mind) sur la péniche NixNox, DB Unit (DB Unit) au Tryptique, plus des before à la Pointe Lafayette, au Point Ephémère, etc. Comment faire pour résister à autant de tentations ? Regarder tous les soirs le JT de TF1 ? La chaîne parlementaire (quoique il est toujours utile de savoir comment notre pays est « dirigé ») ? Ecouter en boucle le dernier disque de Carla Bruni ? Non, non. Je suis maso mais il y a des limites à ne pas franchir. Il fallait faire un choix. Prix, salle, line-up. J’avais remarqué dans les line-up des soirées Massive et DB Unit deux noms de Dj’s qui m’avaient laissé d’agréables souvenirs. Le premier, le binôme d’Interlope (Expressillon). J’avais eu le plaisir de voir l’un des deux compères du team en live dans un bar de Hanoï (Vietnam), sur les bords du fleuve Song Hong (fleuve rouge). Inoubliable. Le deuxième Dj que j’avais remarqué, dans les line-up, c’était Mousschemist (DB.Unit/Jette-set). Mix technique, tranchant, percutant, incisif. La dernière fois, c’était…sur les bords de la Seine, au Batofar, Paris (France). Ce n’était pas inoubliable, certes, mais cela restait une after remarquable. Mon choix était définitif. Massive et DB Unit, ce sera.

Baston de Dj’s, ambiance bon duel

La Massive, fût une bonne soirée. Comme d’habitude, aucune incertitude à avoir sur le prix (free), ni sur la qualité de la soirée. Bon double live avec 4 electribe (ESX1 & EMX1), un multi effet avec contrôleur midi, un pc portable pour balancer quelques acapellas, et une console 12 voix pour mixer. Son obsédant. Des spirales de vibes interminables. Des beats puissants. Le tout saupoudré de Drum’bass dopé avec un soupçon de Jungle-tek. Impec. Arriva Mousschemist, égal à lui même (dans ses mixs), propre, net et sans bavure. Comme au Batofar, il était accompagné, au chant, par Olivia. Duo envoûtant et percutant, rien à dire. Je partis rassasié. Question : Comment appelle-t-on un combat entre un petit pois et une carotte ? 3….2…..1…… Réponse : Un bon duel. Désolé. Je n’ai trouvé que ça pour faire ma transition. Car ce soir là, à la DB Unit, c’était de cela dont il était question. De la baston de Dj’s. Shone ( Audiomicide) vs Ridzy Rom (DB Unit) Flow (Suburbhan) vs Science ( Souljah Record Enflamabled) Elisa Do Brasil ( DB Unit- Massive- Uwe) vs Rom1 (Unity Lille) Anakyne (Under Pressure) vs Dale Cooper (La Vibe) Sweed (Suburbhan) vs Mousschemist (DB Unit- Jettset) Au mic : Miss Drop & Olivia. Tous ces pionniers de la scène Drum’n’Bass française ramenés sur un plateau, avec en prime, un open bar Smirnoff Ice, le tout pour 5 €, y’a pas photo…. Cela risquait d’être chaud. Et ce fût chaud. La DBUnit avait blindé le Tryptique d’une « clientèle » éclectique, distillant une ambiance sympathique sur des rythmiques frénétiques. Les dj’s se livraient à des combats dignes du match de boxe Packiao vs Morales, considéré comme le championnat du monde virtuel des supers-plumes. Winner : Packiao (Philippine). De l’arène, c’était bien du lourd, du réel que nous voyions, sur scène. A coup de vinyles et de combinaisons techniques diaboliques, ils me rendaient presque hystérique. Flow et Science … moment de démence. Limite, sous trip, tu te retrouves en asile psychiatrique. Tournante de platines. Les uns après les autres, ils jouaient avec nous sans se jouer de nous. Olivia et Miss Drop participaient activement, en balançant un flow impressionnant. Make some noise ! Pascal faisait cela très bien. Bouh ! …Bouh ! bouh ! bouh !…Bouh ! Il est ce que j’appellerais un pilier de dancefloor. Toujours sur le devant de la scène, souvent torse nu, il ne s’arrête jamais de danser, il a une énergie à faire pâlir d’envie un sportif sous Epo, sauf que lui…il ne boit que de l’eau. Energie communicative à laquelle je suis réceptif. Mais, dix ans de splifs ont eu raison de moi. Je déclarais forfait. Je n’en pouvais plus. Pause. Le répit fût de courte durée, car le dj qui m’avait fait déplacer pris position. Je ne dis pas que les autres dj’s ne sont pas bons (loin de moi cette idée !), mais les mixs de Mousschemist me donnent des frissons. Il y a quelque chose qui me correspond. Quoi ? Je ne sais pas. Mais que c’était bon. Persuasif, instinctif, il m’était impossible d’être rétif à ces mixs qui me faisaient dresser les tifs. Nul besoin de produits nocifs pour apprécier ce son corrosif. L’air était chaud, le plafond transpirait, lui aussi, à grosses gouttes. La soirée touchait à sa fin. Trois heures après, je démarrais mon activité première. J’aurais du poser une journée de RTT car cette soirée m’avait épuisé. Dans la journée, je fis un bilan pour désigner le ou les gagnants. Pour moi, les grands vainqueurs sont : les organisateurs (Soper, Elisa do Brasil, Ritzy rom et Mad Virgo aka Mousschemist). L’alchimie entre junglists et dj’s était réussie. Mais surtout, ils nous ont offerts une pure nuit à bas prix. Merci à eux de ne pas penser qu’à se remplir leurs poches en vidant les nôtres . Big up !

Mousschemist, le chimiste du vynile

L’écran blanc, c’est stressant. Une heure que je suis face à mon ordinateur et toujours cet écran blanc. Désolant. Oui c’est désolant, surtout lorsqu’il s’agit de dresser le portrait d’un artiste, ici un dj, que vous appréciez . Le chimiste du vynile, comme je le surnomme. Plus communément connu sous le nom de Mousschemist aka Mad virgo. Lorsqu’il se trouve derrière ces platines à faire sa tambouille avec ses skeuds, je suis comme un enfant devant Chantal Goya (chacun ses références). C’est une image car Mousschemist a trente et un ans et moi… aussi (putain, j’suis con). C’est lui, enfant, qui grâce a une famille Togolaise de gros fêtard a été bercé aux rythmes Afro-Cubain et qui, dès dix ans, se fera interpeller par des gros riffs de basslines ce qui le conduira à la Disco-Funk. Comme tout enfant, il grandit, devint adolescent et se retrouva au lycée dans l’Essonne (91) où grâce à des potes, il apprit à écouter réellement (attention gros virage à 360°)…le Hard rock, le Heavy métal !!! Il finira par être bassiste d’un groupe du même type. Composé des mêmes éléments, le groupe se rebaptisa HIGH REASON, pour développer un kiff sur du son Reggae-Roots. Il sera bassiste et batteur pendant presque sept ans. A cette époque (1990), la musique électronique émergea. Une mix-tape Drum’n’Bass, fraîchement débarquée de Londres, lui tomba entre les oreilles. La puissance et la trance de cette musique, qu’il retrouvait dans le Reggae, le titilleront, mais trop afféré dans le Roots-Rock-Reggae, il laissa passer cette mouvance. Pas pour longtemps. P’tit Mouss devint grand et au vingt et unième siècle, il emménagea sur la capitale. Serial clubber en puissance, il se fît contaminer par l’électro, la Jungle le séduit tout particulièrement. Un an plus tard, il mixera dans les afters Alice au pays d’la jungle. Je m’en souviens. Je sortais des soirées Up Records (Anakyne) à l’OPA (Bastille) et fonçais direct au bar « Le Triangle » (Bastille) où, underground, dans une petite cave voûtée nous étions serrés comme des asperges (en pot ). Physiquement et mentalement éprouvant. Au sein de cette after, il ne fît pas que mixer. Il fît et fait toujours parti de l’organisation, tout comme plus tard et encore maintenant, il organisera les soirées : DB Unit, Une nuit autour 2 la jungle, Block Party. J’avais une image de l’organisateur de soirée presque idyllique. Des Dj’s stars en amis, les poches pleines d’euros et des groupies par grappe dans son lit (euhh, non les groupies c’est pour Robbie Williams). Et ben que nenni. Je ne lui ai pas demandé pour les groupies (respect de la vie privée oblige) mais je lui ai posé la question suivante : « Si les soirées Drum’n’Bass était nombreuses et massivement fréquentées, pourrais-tu ne vivre que de l’organisation et du djing ? » « Si le public décide enfin de payer le prix, peut-être mais ce n’est pas encore le cas pour notre scène. » C’est pour cela que récemment il était assistant commercial dans une société d’import-export en négoce international de vins et champagnes, milieu d’affaire diplomatique africain. Je me disais aussi qu’entre mixer et organiser, le kiff c’était l’orga’. Booker des dj’s, trouver des salles, des sponsors, créer et distribuer les flys. Sur ce point aussi je me suis planté, car pour lui la meilleure casquette c’est Dj. Comme il dit :
- « Organiser des soirées, cela peut-être grisant, surtout quand tu sais que tu peux toujours te planter même avec un plateau majestueux. Le challenge !!
- « Et quel challenge, car contrairement à la Techno et la house qui sont connus par un large public, la Drum reste encore un phénomène underground. »
- « Plus vraiment mais tout de même ! Rien que le fait que la plupart des gens ne pensant connaître cette musique l’entende depuis des années dans des jingles pub ou des génériques d’émissions genre compétition de formule1 ! Même le journal télévisé ! Mais honnêtement, si tu es Junglist accro à ce son et ces breaks, tu évolues encore dans l’underground ! Tu dois être initié, tout de même, pour avoir une vision la plus large du spectre de cette scène. »

"Only Jah knows"

- « Quel regard portes-tu sur l’évolution future de la Drum’n’Bass en France ? »
- « Tout le monde va être surpris ça j’en suis sûr, et sûrement moi le premier ! Je peux pas trop me prononcer du coup mais j’espère que les artistes de la scène n’oublieront pas le coté LYRIQUE de cette musique. We are story tellers nevermind !!! » Musique lyrique pour junglists sympathiques et pluriethniques, la jungle diffuse de bonnes vibes. Même les dj’s, à la DB Unit, lorsqu’ils s’affrontaient en duel c’était dans un profond respect mutuel. En face d’eux, il y avait peut-être le dj qu’ils rêvaient de battre. Pour Mousschemist, battre un de ses dj’s drum de référence n’est pas l’essentiel. Les affronter serait déjà un plaisir. Le Lutin fait parti de ceux là. De près ou de loin, il est ce qu’il a vu de mieux en dj drum français. Ils ont déjà mixé ensemble lors de sets à quatre mains mais jamais en versus. Un jour peut-être, et ce jour là il faudra être là car ce sera dément. Enfin, en attendant j’aurais aimé écouter un cd mixer de Mousschemist aka Mad Virgo, mais y’en a pas. Lorsque je lui demande si c’est en projet, il me répond :
- « only JAH, JAH knows ». Il faudra donc que je patiente jusqu’au 2 Avril pour l’écouter (after Alice au pays d’la jungle au Batofar) car je ne pourrais aller à celle du 5 Mars.

Kalagan.ja