BRUCE BÉGOUT, LE MONDE VA-T-IL SE TRANSFORMER EN UN GIGANTESQUE CAUCHEMAR RÉSIDENTIEL À LA PELOUSE BIEN TAILLÉE ?
Des événements comme le 11 Septembre ou Katrina ont touché avant tout les villes. Les Etats-Unis sont donc dans une phase de repli identitaire. Et leur identité est liée au mode de vie des banlieues résidentielles: le centre commercial, le lycée, le parc, les barbecues entre amis qui soudent la communauté… Dans certaines villes comme Houston ou Saint-Louis, le centre est pratiquement à l’abandon. Mêmes les bureaux se déplacent vers la banlieue.

POURTANT, MÊME DES SÉRIES TRÈS GRAND PUBLIC SEMBLENT AUJOURD’HUI DÉNONCER CE MODE DE VIE. POURQUOI ?
Aujourd’hui, on redécouvre le quotidien à travers des séries comme «Desperate Housewives» ou les «Soprano». Et, quand on se penche sérieusement sur un sujet, tout n’est pas rose. Mais c’est quand même des problèmes de riches: on fait des caprices, on est un peu désespéré mais, dans le fond, c’est une qualité de vie assez enviable. Pas de pollution, des transports faciles, beaucoup de sport…

L’EUROPE PREND-ELLE CE CHEMIN, COMME VOUS L’ANNONCIEZ DANS «ZÉROPOLIS», VOTRE ESSAI SUR LAS VEGAS ?
Oui et non. Si ce mode de vie se développe ici, en Europe, nous demeurons quand même plus urbains, bourgeois, attachés à des traditions différentes. Et puis, même s’il n’y a pas d’utopie alternative, ce n’est pas un mode de vie totalement satisfaisant: on s’ennuie quand même beaucoup. Ce serait tenable si cela s’accompagnait d’une vie intellectuelle riche. Le problème, c'est que quand les Américains veulent s’ouvrir à quelque chose d’autre, c’est pour se mettre au yoga.

«LA DÉCOUVERTE DU QUOTIDIEN» DE BRUCE BÉGOUT (ALLIA). 125 PAGES, 6,10 €.