SALUT RIAD, ÇA FAIT COMBIEN D’ANNÉES QUE TU WINES COMME ÇA ?
J’ai fait mon premier album, avant même de sortir avec une fille, à 18 ans, avec l’aide d’un scénariste. Après, dès que j’ai eu l’opportunité de faire mes trucs tout seul, j’ai foncé.

TU AS BÉNÉFICIÉ DE QUELS PISTONS POUR RÉUSSIR ?
Je me suis retrouvé dans l’atelier de Joann Sfar et Christophe Blain. Ils ont essayé de me pistonner à mort pour entrer chez Dargaud. Mais ça n’a pas marché parce que je n’avais ni pages dessinées ni scénario. En fait, c’est le directeur de collection Guy Vidal qui m’a signé alors qu’il avait juste lu mon scénario (Il travaillait chez Dargaud mais il est décédé depuis). C’était une marque de confiance terrible, et un sacré coup de bol.

LA BD-REPORTAGE, COMME TON RÉCIT DU PRIX DE FLORE OU TON «RETOUR AU COLLÈGE», C’EST UN CRÉNEAU QUI MARCHE ?
Oui, j’aimerais bien continuer. J’ai aussi fait un truc sur New York pour «Libération», mais j’ai eu des mauvaises critiques. Tiens, par exemple, ça, c’est moi qui l’ai fait (il me montre le journal qu’une femme lit à la table d’à côté). C’est quand même agréable de pouvoir gagner ma vie en racontant ce que je vois.

FAUT-IL UN PERSONNAGE DE LOSER POUR ÊTRE UN AUTEUR WINNER ?
Mon personnage, tu sais, c’est moi. Pendant des années, j’ai été un loser terrible: je vivais dans une cave à Paris, je ne sortais pas, je n’avais pas d’amis, c’était horrible.

ET AVANT ÇA ?
Au collège, à Rennes, c’était au-delà de tout. François Truffaut disait que l’adolescence est un bon souvenir pour les gens qui ont une mauvaise mémoire…

Y A-T-IL EU DES MOMENTS OÙ TU AS CRU QUE LA WIN ALLAIT T’ÉCHAPPER ?
Après «le Manuel du puceau» et «la Circoncision», je suis passé devant une commission de censure qui date de la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. J’ai dû répondre à un agent de la police judiciaire sur le fait que, dans mes bouquins, je donnais une image négative de mon père. Incroyable !

MAINTENANT QUE ÇA MARCHE, TU ES PLEIN AUX AS ?
Je gagne entre 3 000 et 4 000 € par mois. Mais je fais plein de trucs: je bosse pour «Charlie Hebdo», je fais une série pour enfants chez Milan, une autre pour Dargaud, j’écris un scénario de film… Je ne suis pas mieux payé qu’un autre, mais je bosse plus et plus vite.

DE QUOI TES PARENTS SONT-ILS LE PLUS FIERS ?
Mon père, je ne sais pas, parce que ça fait quinze ans que je ne le vois plus. Ma mère, elle adore mes BD, c’est une vraie fan.

IL FAUT BEAUCOUP D’ANNÉES D’ÉTUDES POUR WINNER DANS CE MÉTIER ?
J’ai eu mon bac sans redoubler, j’ai fait deux ans d’école d’arts appliqués et deux ans de cinéma d’animation aux Gobelins.

GRÂCE À TES BD, ÇA MARCHE BEAUCOUP MIEUX AVEC LES FILLES ?
Euh… pas des masses. J’ai rencontré une fille avec qui je sors maintenant, c’est déjà beaucoup. Mais rien ne me fait plus plaisir que quand des filles adorent mes BD.

TU CONNAIS TES SCORES DE VENTE ?
Bof, je ne vends pas énormément: entre 8 000 et 10 000. Mais je suis quand même vachement mieux payé qu’un mec qui sort un roman.

TES PROCHAINS SUCCÈS, C’EST QUOI ?
Un truc dans les milieux scientifiques. Mais je ne sais pas si je vais réussir.

«RETOUR AU COLLÈGE» (HACHETTE LITTÉRATURES). 95 PAGES, 12,30 €.


SES DATES GAGNANTES

1984_Entrée à l'école musulmane, en Syrie.
1990_Installation définitive en France.
1999_Premier album en tant que dessinateur publié.
2002_Premier album en tant qu'auteur complet (scénario + dessin).
2003_Prix du meilleur scénario au festival d’Angoulême pour «les Jolis Pieds de Florence».
2005_Signe une bande dessinée, «Retour au collège», chez un éditeur de littérature.