JOHN CALE, D’OÙ VOUS VIENT CE GOÛT SOUDAIN POUR LE HIP HOP ?
Début 2005, j’ai entendu «Drop it Like It’s Hot», de Snoop Dogg et Pharrell Williams. J’en parlais à tout le monde: vous avez vu l’influence que ça a sur les charts ? Depuis combien de temps ça tourne, le single de Snoop ? Six mois ! Je l’écoute encore aujourd’hui et je suis sidéré. Il n’y a rien, sinon quatre éléments: une voix, une batterie, pas de basse mais des filles à la place, et le claquement de langue. Et ça marche tout seul.

VOUS ÉCOUTEZ DU RAP DEPUIS LONGTEMPS ?
Environ un an. Je savais que ça existait mais je n’osais pas franchir le pas. Avec Snoop et Pharrel, tout a pris une autre ampleur. D’un coup, sniffer de la glue et briser les rythmes sur tout un disque devient une expérience artistique très intéressante.

EN QUOI CELA VOUS TOUCHE-T-IL ?
Ça balance terriblement ! J’ai récemment lu un truc formidable qui demandait si le hip hop était le nouveau jazz. Je veux dire: c’est LE phénomène auto-émergeant et, comme le jazz, il ne s’accorde aucune limite et rivalise sans problème avec les hymnes rock. C’est la seule musique intéressante aujourd’hui. Il y a tellement de bonnes idées, les chansons et les arrangements sont tellement stylés… Sur mon album, je voulais vraiment atteindre cette simplicité, ce minimalisme. Faire comme Snoop !

MAIS LES SINGLES DE PHARREL WILLIAMS INFLUENCENT TOUTE LA PRODUCTION DU HIP HOP MTV DEPUIS DES MOIS…
C’est ça l’avant-garde. Une machine. Sur ce titre, il n’y a que quatre passages de cordes, hein ? Il doit y avoir au moins vingt ou trente idées qu’ils ont dû jeter à la poubelle. Qui d’autre casse les règles comme ça ? Il faut vraiment être brillant pour produire une si bonne combinaison d’éléments, une basse qui claque, des choeurs parfaits pour être repris en radio…

POURTANT LE HIP HOP SUR MTV, CE N’EST PAS TOUT À FAIT UNDERGROUND...
Franz Ferdinand et leur britpop 80’s non plus ! Ils mettent le pont, le refrain et les couplets au mauvais endroit et font n’importe quoi avec la forme. Mais c’est très bien aussi.

«BLACK ACETATE» (EMI). EN CONCERT À LA CIGALE (PARIS) LE 6 OCTOBRE.