Avec ce quatrième film, on commence à y voir un peu plus clair dans la carrière zigzagante d’Im Sang-soo. Surdoué de la nouvelle vague coréenne, à califourchon entre films d’auteur et films de genre, Im est en train de s’imposer comme un cinéaste de la libération: sexuelle («Une femme coréenne»), générationnelle («Tears») et politique. Ainsi de ce «President’s Last Bang».
Le film s’attaque à un épisode brûlant de l’histoire de la Corée du Sud: l’assassinat, en octobre 1979, du président Park par son proche confident, l’officier Kim, chef de la KCIA (la CIA coréenne). Au lieu de suivre les voies de l’enquête procédurale à la Oliver Stone, Im emprunte celles de la satire violente et du burlesque. «President’s Last Bang» est une «interprétation» de cet épisode, moins au sens de son avis sur la question que de celui d’une figure libre sur un thème imposé.
«Comme aucune version officielle n’est venue éclairer ce meurtre, j’ai pu en donner la version d’Im Sang-soo», revendique-t-il. Cela lui a valu un procès et quelques coupes (des images d’archives au début et à la fin) qui n’altèrent pourtant pas grand-chose. Car ce meurtre politique devient le lieu de tous les fantasmes, faisant la part belle à l’alcool, à la débauche et à la volonté de puissance.
«President’s Last Bang» se concentre en fait sur la nuit fatale, circonscrite à deux décors: d’une part, le lupanar où Park organisait ses parties fines en compagnie de starlettes et où il se fit buter. De l’autre, le bureau de la KCIA où, quelques heures après sa disparition, la question de la succession va se régler. Cette claustrophilie est un des traits de génie du film: tout se passe dans des espaces confinés. Pourtant, ce qui se joue, c’est l’histoire d’un pays.
Im Sang-soo ne rapetisse pas son sujet, il le saisit à l’échelle humaine. D’où un amas d’opposition dialectique. Entre la bouffonnerie de certaines séquences et la rigueur du scénario; entre la linéarité de l’histoire (le meurtre et ses conséquences) et le morcellement d’un récit qui progresse au gré des pulsions des personnages et des accidents. Il y a du Kubrick dans cette manière d’envisager l’Histoire à travers le facteur humain, l’humour du film faisant penser à «Dr Folamour». Mais Im Sang-soo pratique un cinéma physique (la violence est brute, anti-spectaculaire). Sans avoir l’air d’y toucher, le biopic frondeur se transforme en introspection collective et tragédie universelle. La classe.

«THE PRESIDENT’S LAST BANG» DE IM SANG-SOO / SORTIE LE 5 OCTOBRE.