Grand spécialiste du film choral, le Singapourien Eric Khoo passe un cap en inventant, avec «Be With me», le «film réseau». La communication (et l’incommunicabilité) étant les thèmes obligés du (sous-)genre, Khoo établit quelques passerelles poétiques et quelques culs de sac entre ses petites histoires parallèles. Mais il ne prétend jamais les réunir de façon artificielle en un vaste tableau d’ensemble. Le vieux cuistot mutique, les deux lycéennes qui surcommuniquent par SMS jusqu’à se perdre de vue ou le gros lard hébété qui «stalke» une jolie femme constituent plutôt une série de petits clichés (au sens d’instantanés), une collection de miniatures joliment ouvragées.
Pour autant, le point vraiment fort de «Be With Me» est toute sa partie doc’ sur Teresa Chan, incroyable bonne femme qui, aveugle et sourde, a néanmoins su apprendre à parler, lire et écrire. Une drôle de parabole sur l’état du cinéma d’aujourd’hui, où le documentaire nous parle de plus en plus fort alors que la fiction ne répond plus.

«BE WITH ME» DE ERIC KHOO / SORTIE LE 12 OCTOBRE.