Faut les comprendre, à la Fox. Non seulement le base-ball reste un mystère ésotérique aux yeux de l’Européen moyen mais, en plus, «Terrain d’entente» a flopé grave même dans son pays d’origine où, dit-on, seuls les fans des Red Sox (l’équipe de Boston autour de laquelle tourne l’intrigue) ont pris la peine de se déplacer. Dans ces conditions, c’est logique: le film se contente d’une sortie dite «technique », à savoir dix copies et une semaine dans les salles, juste histoire d’encaisser le chèque de sa vente télé. Et puis, rideau, chuut !, surtout ne pas se faire remarquer.

ADAPTÉ DE NICK HORNBY. A l’origine, «Terrain d’entente» n’est autre que «Fever Pitch» («Carton jaune»), roman cuculte de Nick Hornby sur un fan de foot écartelé entre sa copine et sa fidélité à l’équipe d’Arsenal. Racheté par Drew Barrymore et traduit en base-ball avec pour objectif d’utiliser la crème (anglaise) pour faire monter la sauce (barbecue), le projet est arraché par les frères Farrelly, euxmêmes fans des Red Sox qui, pour l’occasion, se contentent de filmer un script clé en main.
A priori, «Fever Pitch» ne peut donc même pas se prévaloir d’être le nouveau «film d’auteurs» des deux comiques trash vénérés par la critique intello. Pas de high-concept à la «Deux en un», pas non plus de scato(ou zoo)philie à la «Mary à tout prix» (exception faite de la scène du chien qui bouffe du vomi et se fait brosser les dents). Bref, sur le plan pognon comme sur le plan prestige, rien à en tirer.
Cette simplicité/sincérité fait pourtant de «Fever Pitch» le meilleur Farrelly depuis leur autre bide de sport, «Kingpin», où Woody Harrelson jouait un champion de bowling avec un crochet à la place de la main opposé à un inoubliable Bill Murray moumouté. Bien sûr, les thèmes hornbyens de l’amour contrarié par la passion et du conflit de loyauté (à soi-même ? à ses objets de cultes ? à son couple ?) constituent un solide socle de rom’com’ (romantic comedy) auquel Drew et Jimmy Fallon ajoutent le charme nécessaire et les Farrelly, la délicatesse visuelle idoine.

RIEN DEPUIS… 1918. Mais il y a un truc en plus, une histoire de destin. A l’écriture, les Red Sox ont été choisis pour leur statut d’équipe de losers maudits, histoire de booster la mélancolie du bouquin original. Le film a ensuite été tourné pendant les play-off 2004, avec autorisation de filmer plusieurs vrais matches de l’équipe. Qui, c’était écrit, n’a rien trouvé de mieux que de mettre fin à un quasi siècle d’insuccès en remportant les World Series pour la première fois depuis… 1918 ! D’où un happy end invraisemblable (mais vrai) et un sentiment d’euphorie qui transperce l’écran comme une flèche qu’on vous envoie en plein coeur. Voilà qui valait bien une sortie technique.

«TERRAIN D’ENTENTE» DE BOBBY ET PETER FARRELLY / SORTIE LE 19 OCTOBRE.