Ne vous rendez pas à la rétrospective Dada de Beaubourg sans avoir lu Marc Dachy. Son premier électrochoc: «Nova Express and the SoftMachine », un flash littéraire signé William Burroughs. «D’emblée, une allusion au cut up de Brion Gysin me foudroie. La technique d’écriture et l’organisation mentale de ce livre exercent sur moi un effet totalement hypnotique.»
En plein après 68, Dachy, Flamand lunaire au look postbeat, plonge à 17 ans dans l’avant-garde. A peine débarqué à Paris, il tombe sur le manuscrit d’un obscur dada belge, Clement Pansaers, et devient éditeur, à 19 ans, pour le publier. Raphaël Sorin lui ouvre ensuite les portes de Champ Libre, maison d’édition pro-situ où conspire déjà Guy Debord. «Debord était invisible à cette époque-là, mais c’est à une ou deux allusions de Floriana Lebovici (l’épouse de Gérard Lebovici, le patron RÉTROSPECTIVE DADA À BEAUBOURG, LES CLÉS de Champ Libre - NDLR) que j’ai compris qu’il était en permanence consulté.»
Avril 1975, Dachy effectue son pèlerinage à New York pour rencontrer ses idoles: «Burroughs logeait dans un grand loft quasi vide à deux pas du Bowery. Un petite table, une machine à écrire, une rame de papier-machine et un meuble à tiroirs métalliques. Ambiance spartiate.» Quelques jours plus tard, dans une soirée de lectures à l’université de Columbia, Burroughs le présente à Allen Ginsberg qui s’enthousiasme pour «Luna Park», sa revue littéraire underground.
Trente ans plus tard, au moment où débute à Beaubourg la rétrospective «Dada», Marc Dachy sort deux livres définitifs sur le mouvement. Un vrai travail de passeur qui montre tout ce que les avants- gardes du XXe siècle (surréalisme-lettrisme-situationnisme-beat generation-punk) doivent à Dada: critique de l’art (et des critiques d’art), invention du collage, pratique du happening provo, déconstruction du langage et flingage en règle de l’esthétique bourgeoise sont des concepts créés et lancés par Tristan Tzara et toute sa bandera dada. Comme le dit justement Thaï-Luc, prophète punk et chef du gang rétrofuturiste LSD (La Souris Déglinguée), «en musique comme en art contemporain, l’avenir, c’est le passé». Dada’s not dead !
«ARCHIVES DADA» DE MARC DACHY / HAZAN / 576 P. , 75 €.
«DADA, LA RÉVOLTE DE L’ART» DE MARC DACHY / DÉCOUVERTES GALLIMARD / 128 PAGES, 12 €.
«DADA»/ DU 5 OCTOBRE AU 9 JANVIER / CENTRE GEORGES POMPIDOU, 75004 PARIS/ WWW.CENTREPOMPIDOU.FR
Archives magazine
A Dada sur mon Dachy
Paru dans Technikart n° 96
Rétrospective Dada à Beaubourg, les clés.
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