Pour cette édition très 70’s, la Biennale de Lyon rayonne paisiblement autour de la notion de temporalité. Les capitaines Bourriaud et Sans, commissaires de l’événement, optent pour un va-et-vient générationnel entre la contre-culture des années hippies, l’art conceptuel, Fluxus et des réalisations contemporaines. Faire le point sans frénésie prospective, souffler un peu, ça fait parfois du bien.
Dans l’usine retapée de la Sucrière, le lieu phare, l’exposition s’ouvre avec le «Sleep» de Warhol. Un classique. Mais cette Biennale joue aussi la carte d’un revival psychédélique ou mise sur l’invention d’un temps propre, écarté de celui des grands systèmes. Elle consacre par exemple une place importante à Robert Malaval, dandy pop ressuscité des années Pompidou, dont les peintures abstraites rose-bleue-mauve ont néanmoins l’air un peu niais, confrontées aux toiles de John Tremblay, artifices psychédéliques faussement pop, ou du mix op art-culture DJ de Jim Lambie, Malaval rame.
INSTALLATION DE STRATOCASTER. Malgré l’absence de John Cage et de Dan Graham, la musique répétitive et le rock étirent leur durée dans le vocabulaire plastique. «Time Lag Accumulator», une installation de Terry Riley, pionnier de la musique minimale, nous perd dans son labyrinthe de portesmiroirs et de sons en mouvement. Quant à la traduction mélancolique des couleurs de Cadere par Saâdane Afif, une installation symphonique pour guitares Stratocaster, elle est tout simplement magnifique.
Dans un registre politiquement désinvolte, les élégantes vitrines réfléchissantes de Josephine Meckseper (née en 1964) rassemblent bijoux, images glamour, papier hygiénique et culture de protestation des années 70. Son lapin blanc empaillé oscille entre le «oui» et le «non» d’une contestation chic. Plus loin, le papier peint «Aids», inspiré du «Love» de l’artiste pop Indiana, se marie curieusement avec les BD underground et trash de Robert Crumb.
Le temps d’Agnès Thurnauer est plutôt celui de la dérive ou de l’ellipse. Admirative du génie de Manet, le premier des Modernes, elle revisite «le Bar aux Folies-Bergères»: le jeu de regards entre le spectateur et la serveuse se trouve recouvert d’une description clinique de copulation trouvée sur Internet.
MONOGRAMME COCHON. Autre moment fort: «This Is Not a Time for Dreaming», le film de marionnettes de Pierre Huyghe (2004) qui met en scène le temps d’une duplicité entre l’artiste et Le Corbusier, autour de sa seule construction américaine: le Carpenter Center for the Visual Arts à Harvard. Enfin, au Rectangle, Wim Delvoye montre sa collection de peaux de porcs tatouées sous verre (du monogramme Vuitton au barocco-kitsch), provenant de son élevage de cochons en Chine. Une expérience animale.
«EXPÉRIENCE DE LA DURÉE» / JUSQU’AU 31 DÉCEMBRE / WWW.BIENNALE-DE-LYON.ORG
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LA BIENNALE DE LYON
Paru dans Technikart n° 96
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