A 77 ans, Raymond Federman gagnerait à être, enfin, connu chez nous. Rendons grâce aux éditions Al Dante d’importer, depuis quelques livres, le plus français des auteurs américains qui ne cesse de mêler exigence formelle et simplicité du sujet: sa vie. Non pas en long et en large, mais en travers.
En 1942, Raymond a 13 ans et échappe à une rafle qui emportera toute sa famille. Le titi parisien frêle et timide quitte la capitale occupée pour Montflanquin, où l’attend une existence de merde et de travail à la ferme. Pendant trois ans, il s’échine à tracer des sillons, à nettoyer, à traîner dans la bouse. Le vieux Lauzy est une ordure qui ressemble à nos ascendants culs-terreux dont on préférerait oublier l’existence. Il injurie, cogne, glisse sa bite dans le cul des vaches. Heureusement, pour le petit Raymond, Josette, la belle-fille, vient le voir la nuit tombée et lui apprend les rudiments de l’amour, avec la tendresse bestiale d’un personnage de Maupassant. Nous aussi on serait parti en Californie pour moins que ça.
Mais chez Federman, point de récit pleurnichard. Pour lui, devoir de mémoire rime avec récit rigolard. Il s’amuse de sa vie de Cosette, passe d’anecdotes campagnardes à la grande Histoire et fait défiler le récit de ses souvenirs avec une incroyable maîtrise de la narration. Il s’égare, se reprend et se détourne encore, et on ne le quitte plus. Raymond revient !

«RETOUR AU FUMIER» DE RAYMOND FEDERMAN / AL DANTE / 224 PAGES / 20 €.