«“Tu fais vraiment très bonne impression.” C’est la première phrase de “Lunar Park” et dans sa brièveté et sa simplicité, elle était censée être un retour à la forme, un écho, de la première ligne du roman de mes débuts, “Moins que zéro”: “Les gens ont peur de s’engager sur les autoroutes de Los Angeles.”»
Le nouveau livre de Bret Easton Ellis (disponible le 24 octobre), est doté d’un prologue bluffant et lapidaire: comment il est devenu une star en quelques mois grâce à une histoire de «coke sniffée et de bites sucées par des zombies». Comment, finalement, sa vie s’est transformée en une gigantesque tournée promo où se mêlaient toujours plus de dope et de personnalités («J’ai dîné à la Maison Blanche au cours de l’été 86, invité de Jeb et George Bush Jr, qui étaient des fans tous les deux»). Et comment tout ça s’est fini en une banale accoutumance à l’héroïne.

FAUSSE AUTOFICTION. Alors, «Lunar Park» commence. Son personnage principal se nomme Bret Easton Ellis et il a décidé de se ranger, de s’installer dans une luxueuse villa en banlieue avec femme et enfants. Une banale autofiction ? A ce détail près que, dans la vraie vie, Bret Easton Ellis n’a ni femme ni enfants (même si le site de fans de son actrice d’épouse créé pour l’occasion, jaynedennis.com, fait tout pour entretenir la confusion).
D’ailleurs, ça ressemble d’abord à une farce: lors d’une fête dans sa maison, Bret et son vieux complice Jay McInerney tentent d’échapper à la surveillance de sa femme pour aller sniffer de la coke en paix. Mais tout vire très vite au cauchemar. Bret est incapable de transmettre quoi que ce soit à son fils mutique – Clayton, le personnage principal de son premier roman, erre dans les rues de la ville au volant de la Mercedes 450 SL que le père d’Ellis lui avait offerte pour ses 16 ans –, des meurtres étrangement identiques à ceux décrits dans «American Psycho» sont commis dans la région...

MOULINETTE. Partant d’un rêve un peu tarte de vie paisible, «Lunar Park» plonge dans la paranoïa suburbaine: des pré-ados sous neuroleptiques s’échangent d’étranges mails, les voisins se surveillent, des chiens et des jouets menacent… Bret Easton Ellis est-il victime de son incapacité à décrocher des drogues ou d’un mal plus profond ?
Couple, enfants, famille, les derniers pans du mode de vie américain qui avaient jusqu’alors échappé à son entreprise de déconstruction/démolition sont passés à la moulinette d’une écriture heurtée et haletante. Sujet, style, ambiance, tout a changé. Seul demeure un des plus grands écrivains contemporains. Seul.
%% «LUNAR PARK» / ROBERT LAFFONT / 379 P., 21 euros