Electro. En 2003, Jackson sortait un maxi renversant: «Utopia». Un morceau-titre hanté et indansable, une délirante déambulation sonore entre rêve et cauchemar, jumelle monozygote du «Windowlicker» d’Aphex Twin. Pas du tout le genre de truc qu’on aurait pu attendre de ce producteur parisien précoce et beau gosse (26 ans, 1,90 m de blondeur moustachue et souriante à faire rêver filles et garçons, élégance branchée comme on n’en trouve que dans les magazine anglais) jusqu’alors affilié à la scène house filtrée, quelque part entre Pépé Bradock et Crydamoure.
Après avoir incarné tous les espoirs de la subdivision électronique de Barclay, Jackson Fourgeaud, qui avait à peine 20 ans à la fin des années 90 quand il s’était infiltré dans le wagon French touch avec une poignée de singles house dans l’air du temps (parfait pour danser au Queen dans les soirées «Respect»), sort aujourd’hui chez Warp et dans le monde entier, son premier album. Coïncidence ? Jackson est-il ce prodige du laptop que décrivent les uns ou ce gentil petit plagiaire que décrient les autres ?
SAMPLES ÉTRANGES. En réécoutant «Utopia», qui ouvre le bal, on réalise que Jackson s’est inspiré du travail d’Aphex Twin pour élaborer une méthode de composition impressionniste. Comme Aphex Twin, Jackson accumule des centaines de samples étranges et des dizaines de rythmiques épileptiques dans son «orchestre informatique ». Comme Aphex Twin, Jackson procède par antagonismes: enfantin-flippant («Oh Boy», comptine dark récitée en anglais par sa petite nièce américaine), passé-futur (le shuffle beat tordu de «Teen Beat Ocean» ressuscite le Bowie période glam), chaudfroid («Tropical Métal», pépiements d’oiseaux sur piaillements synthétiques), biologique-mécanique (la belle voix björkienne de sa maman, la chanteuse Paula Moore, sur «Fast Life»).
D’accord, Jackson a pompé certains trucs d’Aphex Twin. Et alors ? Son ami Oizo a bien pondu tout son premier album grâce à une seule idée piquée chez Company Flow. Picasso copiait sur Braque, qu’il surnommait «ma femme», et même Adam copiait sur Eve. Balzac le disait: «Inventer en toute chose, c’est vouloir mourir à petit feu; copier, c’est vivre.»
MANIÉRÉ MAIS SINCÈRE. «Smash» n’est pas parfait. Certains titres semblent superflus mais c’est un excellent premier album. Joliment «warpien», contrairement aux dernières livraisons casse-couilles du «génie des Cornouailles ». Méticuleux mais émouvant. Maniéré mais sincère. Et si les deux meilleurs titres de «Smash» («Rock On» et son gimmick vocal, «Arpeggio» et ses guitares modulées) font des clins d’oeil à Daft Punk, Jackson n’est la femme de personne.

«SMASH» / WARP-BARCLAY.