Sam, il y a… Euh… je peux vous appeler Sam ?
Yeah, baby !
Sam, il y a une théorie qui circule à votre sujet. Vous seriez l’homme le plus cool du monde.
…
Ne me dites pas que vous ne le saviez pas…
Non, non. Je suis tout à fait conscient d’être l’homme le plus cool du monde (Rires). Ce n’est pas la première fois que j’entends ça. C’est une perception qui provient, je pense, du type de personnages que j’incarne à l’écran. Des mecs affirmés, en contrôle, qui ne se laissent pas atteindre par toute la merde qui gravite autour d’eux. Et qui sont sapés comme des milords !
Mais ça, ça vient de vous, pas de vos personnages !
Les gens à Hollywood me regardent et voient que je suis à l’aise dans ma vie privée, bien dans mes baskets. Alors ils me font jouer des mecs bien dans leurs baskets. Mais surtout, je crois qu’ils apprécient que je me sape comme un milord.
C’est vous qui décidez de la garde-robe de vos personnages ?
Souvent, oui. J’ai habillé Shaft de la tête aux pieds. Armani, mec !
Votre filmo donne le vertige : vous avez été Shaft mais aussi chevalier Jedi (et copain de jeu de Yoda), on vous a vu dans un « Die Hard », vous êtes le super-vilain d’« Incassable », vous êtes membre à vie du clan Tarantino et vous avez travaillé avec Friedkin et McTiernan. C’est un peu la quintessence du cool…
Wow… C’est exact ! (Rires). Mais il n’y a aucun calcul de ma part. J’ai progressivement et naturellement rempli cet espace. Ces choix sont les miens et j’ai eu la chance inouïe qu’ils se concrétisent avec succès. Mais ça ne peut pas durer éternellement. La pression est de plus en plus forte à chaque film. Je vais forcément finir par me planter… Et je tiens à ajouter qu’entre Yoda et moi, ce n’est rien d’autre qu’une profonde amitié.
Etait-ce pour éprouver votre coolitude que vous vous trimballiez en kilt pendant les 1h30 du « 51e Etat » ?
Si je pouvais survivre à ça, je pouvais survivre à tout. En fait, je me suis senti super bien dedans. J’ai lu un livre sur le kilt qui disait en substance : « Si tu n’es pas confortable avec l’idée de porter un kilt, abstiens-toi. » Je regardais les MTV Europe Awards la semaine dernière et Vin (Diesel, son partenaire dans « XXX », NDLR) en portait un. C’était pas vraiment ça.
Dans « S.W.A.T. », votre personnage de sergent instructeur bien burné arrive au bout d’une demi-heure de film, le visage souriant et l’air décontracté. Et hop, sans rien dire, sans rien faire, vous êtes un superflic…
Ecoute, c’est simple, le personnage était décrit comme ça : « Des chaussures brillantes sortent de la portière de la voiture et se posent à terre, la caméra remonte le long du corps et bam !, Super Flic ! » Il y avait à l’origine un speech d’introduction pour mon personnage mais il a été coupé au montage.
Vous avez beau être cool, vous n’avez jamais été un « lover » à l’écran. On ne vous connaît aucun rôle avec femme, petite amie ou vie sexuelle. Même pas Shaft. Comment ? Pourquoi ?
Je ne sais pas. Quand j’ai débuté avec Spike Lee dans « Mo’Better Blues », le corps d’un homme black sur l’écran était encore une image tabou. Aujourd’hui, tout le monde se fout à poil, au cinéma comme dans les séries du câble. Pas moi. Cela dit, ça va changer puisque je reviens d’Afrique du Sud où j’ai eu une aventure avec Juliette Binoche… C’est pour le nouveau John Boorman.
Idem : vous n’avez jamais joué de personnage intégralement mauvais. Même Elijah Price dans « Incassable » ou Ordell Robie dans « Jackie Brown » sont des types qu’on ne peut pas s’empêcher d’aimer. Pourquoi ne pas franchir cette frontière ?
Je crois que je la franchis mais c’est le public qui ne veut pas m’accompagner. Je ne souhaite pas qu’on m’aime à tout prix. Je fais mon travail avec humanité et sincérité. Problème : il en ressort, y compris dans le cas d’une crapule comme Ordell, que je suis un mec sympa.
Si on demande à des gens dans la rue de voter pour le plus grand acteur noir de notre temps, croyez-vous qu’ils répondent Samuel L. Jackson ou Denzel Washington ?
Denzel. Parce que dans l’esprit du public, Oscar = grand acteur.
Eh bien, figurez-vous que j’ai posé la question autour de moi.
Et ?
Et vous avez raison, ils répondent Denzel. Mais pas tous…
Il vous reste quelques amis cool !
A part Shaft, quel autre héros récurrent aimeriez-vous incarner ?
J’aimerais raconter, dans une suite non-officiel de « Pulp Fiction », les aventures de Jules Winfield dans sa longue marche autour du monde. Je ne le vois pas s’arrêter de tuer des gens : c’est sa raison d’être. Mais ça m’intéresserait de voir quel genre d’obstacle il rencontre.
Tarantino est au courant ?
Non, je viens de l’inventer.
Vous lui en parlerez ?
Jamais de la vie !
« S.W.A.T. » : sortie le 3 décembre.
Archives magazine
Samuel L. Jackson
Paru dans Technikart n° 78
Grand, suave et black, Sam est star au point de transformer un rôle anecdotique en héros de légende. Comme dans « S.W.A.T. » de Clark Johnson et comme ici, n’importe comment, n’importe quoi.
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