Vendredi 7 février 2003
Après deux carreaux de chocolat noir (aux amandes) et un thé bien chaud, je viens m’asseoir auprès de toi… J’ai eu un message de mon petit réal mais je ne l’ai pas rappelé ; ce n’est pas la bonne semaine… Je suis en train de bosser sur ma rubrique sexy du magazine « Night life » ; c’est un magazine destiné au milieu de la nuit et ils m’ont proposé d’écrire tous les mois pour eux. C’est super, non ? Enfin, je fais un peu autre chose que montrer mon cul ! C’est pas que je n’aime pas ça mais il faut de la nouveauté dans la vie. Je me déshabille depuis sept ans et je commence à penser au moment où je n’en aurai plus envie … Tant que je suis bien dans mon corps et que les hommes bandent sur moi, ça va. Mais cela ne durera pas « ad vitam aeternam ». Je me souviens de mes premiers tournages, c’est comme si c’était hier. La toute première fois, je suis partie avec mon mec dans un train de nuit pour Montpellier. On avait rien dormi, on était tellement excité. On se demandait si on ne faisait pas une grosse connerie mais comme on était ensemble, on était rassurés… Ensuite, les tournages se sont enchaînés car j’étais très « douée » ; en fait, je savais me positionner par rapport à la caméra, j’étais souple et surtout j’encaissais…
Vraie petite fille modèle
Mon numéro de téléphone passait de prod’ en prod’ et mon portable explosait. J’ai été obligée de quitter mon boulot (rassure-toi, il n’était pas passionnant). Je me souviens comment je flippais avant d’arriver sur les plateaux. Et puis, dès que je rencontrais le ou les acteurs, je faisais un peu connaissance avec lui (ou eux) et je me sentais mieux. J’avais envie que tout se passe bien alors je faisais tout pour… J’excitais bien mon partenaire pour éviter les pannes ; je ne demandais jamais qu’on coupe même si je crevais de soif et je ne râlais jamais. Une vraie petite fille modèle. Il faut dire que je prenais bien mon pied… Quand je me suis vue pour la première fois en vidéo, j’ai éprouvé beaucoup de honte : je me trouvais affreuse, idiote…je voyais tout mes défauts. Cela a été très dur. A ce moment-là, j’ai décidé de ne plus travailler pour des petites productions. Il fallait aussi que je change ma façon de me maquiller et que j’arrête de sourire bêtement. On m’a proposé des spectacles à Milan et là, la totale éclate. Danser sur du hard rock devant cinq mille personnes (pratiquement que des mecs en rut), sur une immense scène. Tu imagines ? Moi, la petite nouvelle. A cette époque-là, j’étais toujours à moitié nue. Au moindre prétexte, je me déshabillais. Je crois que c’est ce qu’on appelle une exhibitionniste. Je le suis toujours mais à un degré moindre.
Une reconversion en douceur
Aujourd’hui, je préfère la finesse ; un décolleté indécent, une toute petite jupe… Mais je ne me déshabille que dans le noir… Pff ! Tu ne crois pas cette grosse connerie quand même ? J’adore toujours autant me dépoiler mais je sais que mon enveloppe charnelle (c’est beau, hein ?) va vieillir et qu’un jour je ne pourrai plus la montrer. Tout ça pour dire que c’est très agréable aussi de séduire avec sa matière grise et que c’est tout ce qui me restera dans … cinq, dix, quinze ans ? J’en sais rien, moi , mais aurai-je encore l’énergie d’aller à la salle de sport trois fois par semaine ? Et si je veux des enfants, mon corps va changer ! Non, allez, j’arrête de paniquer ; ma reconversion se fait doucement mais sûrement et je ne vais pas me transformer en vieille sorcière tout de suite. Excuse, je me suis un peu emballée mais t’es mon journal après tout et à qui d’autre pourrais-je raconter tout ça ? Bon je vais bouquiner un peu… Bisous.










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