La pédophilie en réseau, et les complicités qu’elle suppose, reste aujourd’hui encore un tabou presque absolu. Confrontés aux résistances des pouvoirs policiers et judiciaires et souvent même à la frilosité de leur propre hiérarchie, une poignée de journalistes français s’est constitué en contre-réseau afin de faire éclore ces affaires au grand jour. Parmi eux, Pascale Justice, reporter à France 3, dont nous avons déjà parlé dans Technikart. C’est en grande partie à son opiniâtreté quasi-obsessionnelle que l’on doit la diffusion (1) ce mois-ci, sur une chaîne française, du film Témoin X1, Silence on tue des enfants. Réalisée par Patrick Benquet sur une enquête franco-belge de William Heinzer, Marie-Jeanne Vanheeswyck et Pascale Justice, ce film retrace la vie de Régina Louf, témoin n°1 de l’affaire Dutroux. Anonymement rebaptisée X1 par les services de police belges, Régina évoque ici à visage découvert le parcours qui l’a conduit à devenir un objet sexuel à l’âge où d’autres jouent à la Barbie et baignent dans une cotonneuse innocence.
Outrages sexuels
Elevée sur la côte belge par une grand mère femme de commissaire et tenancière de bordel, l’enfant a été très tôt initiée aux subtilités de la fellation, d’abord sur des bouteilles, puis ensuite sur les clients auxquels on la livrait. Sous l’œil de cette mamie sadique et culpabilisante qui ne cesse de lui répéter « tu es sale, tu es sale », Régina connaîtra tous les outrages sexuels imaginables. Lors de partouzes orgiaques, elle sera livrée en pâture à de bons notables belges dont les exploits avinés et inconscients finiront dûment enregistrés, impliquant de fait ces citoyens influents dans des réseaux pédophiles ici décrits comme tentaculaires. « Les enfants qu’on trouve dans ces réseaux finissent où complètement fous à cause des traitements qu’ils subissent, explique l’intéressée, où bien sont exécutés lorsqu’ils atteignent l’âge de seize ans, parce qu’ils n’intéressent plus leurs bourreaux. J’ai moi même vu de jeunes filles se faire tuer. » Régina s’en sortira miraculeusement en tombant, un soir de bal populaire, dans les bras d’un garçon à qui elle racontera tout. Ce dernier l’écoutera et la protégera. Mais l’horreur ne s’arrête pas là.
La faire passer pour folle
Devenue le témoin principal d’une vaste traque policière et judiciaire qui va tenter de mettre fin à un réseau dans lequel les enfants sont abusés, torturés, filmés, Régina va vite comprendre que son histoire dérange au plus haut sommet de l’Etat. Quelques mois après ses premières confessions, le juge d’instruction se retrouve curieusement dessaisi du dossier et les policiers qui en avaient la charge, écartés. Contrainte de dévoiler son visage pour assurer sa sécurité, Régina Louf va alors être victime d’une campagne médiatique d’une rare violence dont l’objectif est de la faire passer pour folle. Au final, toutes les manœuvres de l’institution ici dévoilées provoquent une véritable révolte, un défiance encore accru vis à vis de ceux qui sont censées présider à nos destinées. En effet, si vous aviez encore quelques illusions quand à l’impartialité de l’appareil judiciaire démocratique, Témoin X1 suffit à les détruire toutes. « Si le film reste malgré tout soutenable, précise Pascale Justice, c’est que Régina a réussi à se reconstruire, contrairement à la plupart des enfants qui sont passés entre les mains de ces réseaux. »










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