Fraîchement revenu de la " Winter Conference " de Miami en mars dernier, Benoît Sabatier n’en croyait pas ses pupilles. Soumis à un rythme de travail insoutenable dans les plus grands hôtels au bord des plus belles piscines, le Rédacteur en Chef Adjoint de " Technikart " avait trouvé une spécialité locale beaucoup plus attractive que les milliers de DJs en présence pour se détendre : le string " habillé ".

La micro culotte

Le bikini riquiqui des brésiliennes qui tient à un fil, il connaissait déjà, mais la micro culotte qui dépasse du pantalon ou de la jupe, il ne l’avait vue que sur MTV ou dans les magazines pour grands garçons, et il trouvait ça rudement joli, Benoît. L’heure des presque sans-culottes avait-elle sonné ? Initialement conçu pour rester invisible sous les vêtements et se dévoiler dans l’intimité, le string commence aujourd’hui à s’exhiber sur certaines créatures (jeunes et bien roulées) de la hype.

Sexe et underground

Ce qui passait auparavant pour une négligence extrêmement " touchante " (une marque sous une jupe bien moulante, une fine dentelle qui dépasse du pantalon) est désormais un geste délibéré, une arme de séduction. Confinée jusque là au milieu du hip hop et à celui du porno, la tendance culottée conjuguait les vertus un poil vulgaires de l’underground à celles du sexe : toutes les conditions réunies pour que la bourgeoisie blanche et branchée récupère le mouvement à sa manière.

" Bitches "

" Issue de la culture hip-hop il y a cinq ans, cette mode s’est développée avec l’apparition du baggy jean, explique Yassine, Vice-Président du " Comité de soutien au port du string ". Un jean à la taille très basse porté par les hommes que les filles se sont progressivement approprié, ce qui n’était pas sans poser quelques problèmes…". Les gangsta-rappeurs traitent les filles de" Bitches " à longueur d’albums ? Et bien, elles vont l’être. En poussant délibérément la provoc’ jusqu’à laisser apparaître leur string, certaines filles trouvent ainsi le moyen d’affirmer leur sexualité et leur indépendance dans ce milieu de grands méchants machos.

Guêpières arrogantes

La tenue baggy-débardeur-string devient l’uniforme de la culture hip hop, largement récupéré et sophistiqué depuis par le R&B avec Lil’Kim ou N.E.R.D. dans son dernier clip. L’événement, pourtant, ne date pas d’hier. Madonna avait déjà lancé la mode des " dessous dessus " il y a 7 ans, lors de son Blonde Ambition Tour. Les guêpières arrogantes de Jean-Paul Gauthier avaient inauguré une nouvelle ère où les bodys et autres combinettes sortaient de l’alcôve pour arpenter le bitume sans complexe.

Porno chic

Mais c’est Gucci, en 98, qui rafle la mise. En faisant défiler ses tops dans des jupes ultra taille basse qui laissaient entrevoir un micro string à paillettes, Tom Ford amorce la vogue du porno chic. Noir et racé, sexy et provocant, le string de la griffe italienne se distingue de ses prédécesseurs en coton cheap signés Calvin Klein. Une fois encore, la mode vient de vampiriser une tendance revendicatrice issue de la rue.

Trophée de chasse

Le but : vendre du désir avant tout. Le créateur américain n’a fait que jouer sur l’origine même des désirs masculin (mater) et féminin (être matée). Si la nudité reste très excitante, le partiellement dévoilé recèle une force de suggestion plus dévastatrice encore. L’illusion d’avoir un seul obstacle entre son propre désir et l’assouvissement irrépressible de celui-ci, une fine pièce de tissu à arracher d’un beau petit cul comme un trophée de chasse, et l’homme retrouve ses instincts de prédateur aussi sec.

" On est pour ! "

Entrevoir un string, c’est déjà désirer la face cachée de l’iceberg : des fesses libres, nues, offertes, à saisir. La nature est d’ailleurs si bien faite que ce fragile et délicat morceau d’étoffe possède deux fines poignées auxquelles l’homme peut déjà s’accrocher mentalement, par derrière…" Nous, on est pour ! " s’enflamme Yassine. D’une certaine manière, ce sont les filles qui autorisent et légitiment le regard des hommes, elles restent ainsi l’unique propriétaire de leur corps et l’assument en totale liberté."

Clichés

Complètement ? Pas si sûr…Florence, 30 ans, jolie croupe, avoue qu’elle le porte parce qu’elle trouve ça " beau et sexy " et qu’elle aime qu’on " la regarde ". Au même titre que les collants résilles et que les tops transparents, le string à découvert est une manière de se démarquer, d’attirer l’attention sur soi, de vouloir être déshabillée du regard et de le faire savoir. Une liberté sexuelle vécue dans l’apparence et dans l’image le plus souvent, fidèle aux clichés de femmes fatales véhiculées par la pub, virtuelles et inaccessibles. Essayez d’y mettre les mains, pour voir…

[1] Le plan Northwoods, monté en 1961 par des militaires anti-communistes américains, visait à justifier une intervention au Cuba par des attaques sur des cibles civiles américaines. Ces attaques allaient ensuite été attribuées aux Cubains.

[2] Codes d’identification et de transmission de la présidence, cités selon Meyssan et le New York Times par les assaillants pour avertir le Secret Service américain d’une attaque sur la Maison Blanche et Air Force One.

[3] Le Monde Télévision, samedi 16 mars 2002

[4] Le Monde Télévision, samedi 6 avril 2002