Ovidie est ce qu’on appelle un " personnage médiatique ". Plus connue pour ses interventions télévisées que pour sa propre carrière. A 22 ans, elle est parmi les actrices porno les mieux payées de France. Elle est également une des rares comédiennes à être passées à la réalisation. Pourtant, chevelure noire corbeau, lèvre piercée, silhouette gothique, Ovidie évoque plus un sphinx impénétrable qu’une chienne en chaleur.
Instrumentalisation
Normal : il ne s’agit pas de n’importe quelle hardeuse puisqu’elle est féministe. C’est d’ailleurs pour cela que les plateaux de télé se l’arrachent comme une bête de foire, de Thierry Ardisson à Michel Field. Celle que l’on surnomme l’" intello du X " assume. Mieux : elle revendique cette instrumentalisation des médias. " Je pars du principe que le meilleur outil de propagande aujourd’hui réside dans l’audiovisuel. C’est par le biais des images que je fais passer mes idées féministes. D’abord en étant comédienne et réalisatrice de X. Ensuite, en passant dès que je peux à la télé. "
Extrème gauche
" Ca a beaucoup plus d’impact que quand je distribuais mes cinq cents tracts dans la rue. " Il n’y a pas si longtemps, Ovidie était militante d’extrême gauche. Elle avait même monté une section du Scalp (Section carrément anti-Le Pen) à Châteauroux. Depuis, elle a découvert que l’émancipation de la femme passait par l’affirmation de sa libido. Et a troqué sa parka militaire contre une guêpière en cuir. Le créneau d’Ovidie aujourd’hui ? Le féminisme pro-sexe, ce mouvement alternatif apparu aux Etats-Unis dans les années 70 en réaction au féminisme puritain.
Porno égalitaire
Son principe : que les femmes s’assument en tant que femmes, jusque dans leur sexualité, plutôt que d’essayer d’imiter les hommes. Ce n’est donc pas un hasard si toutes ses grandes représentantes s’avèrent des travailleuses du sexe. Nina Hartley réalise des vidéos d’éducation sexuelle qui se veulent un outil de libération pour la femme. Candice Royale a monté Femmes Productions, avec pour objectif de produire une pornographie égalitaire et non sexiste.
Déesse du sexe
Annie Sprinkle a écrit un ouvrage au titre explicite, The Sluts and Goddesses, 101 Leçons pour devenir une déesse du sexe et apprendre à s’aimer en tant que femme… Le projet d’Ovidie : faire évoluer le féminisme grâce au porno et vice-versa. " Je pose problème aux Chiennes de garde. Mais je pense que je peux les faire avancer. Mon propos est tout simple : déculpabiliser les femmes vis-à-vis de leur corps afin qu’elles cessent d’avoir peur de leurs désirs."
"Je préfère les films américains"
"Mais je m’adresse également aux hommes. Forcément, ça m’amène à faire un cinéma porno qui donne envie aux gens de s’épanouir sexuellement. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui puisque, dans la plupart des productions françaises, la femme ne jouit que dans la soumission et la contrainte. C’est pour ça que je préfère les films américains : en général, ils montrent l’image d’une femme plus active, plus présente, qui est là pour prendre son pied."
Jamais soumise
"Mon message ? Que nous passions par la jouissance pour nous libérer. Car une fille qui jouit ne sera jamais soumise. " La démarche d’Ovidie se veut autant esthétique que politique. Les cassettes vidéo vendues dans les sex-shops pour que le consommateur frustré balance sa semence, très peu pour elle. Ce qu’elle veut faire ? De l’art. Ni plus ni moins. " Mon métier m’apporte une énorme satisfaction artistique. En tant que réalisatrice j’en suis plus à mes balbutiements, mais en tant qu’actrice, j’arrive vraiment à m’épanouir."
La technique
"Je commence même à ressentir un feeling sexuel avec certains de mes partenaires. Pour ça, il me semble qu’il faut vraiment être pro : arriver à se laisser aller, tout en maîtrisant la technique. Ce qui m’intéresse, c’est vraiment ma performance, ce que j’arrive à donner. Parfois je ne suis pas assez présente, je n’ai pas la gouache, et je me trouve nulle. " Fille de bourges, intelligente et équilibrée, Ovidie assume pleinement sa position sociale. Et ne veut surtout pas entendre parler des actrices de X comme de victimes de la société.
Très heureuses
"Les filles paumées qui se font abuser par le milieu, pour elle, c’est une légende… La plupart des filles dans le porno sont très heureuses de ce qu’elles vivent. De toute façon, si elle ne sont pas contentes, elles peuvent toujours partir, personne ne force personne. En deux ans de X, je n’ai jamais vu d’actrices maltraitées. Enfin, pas plus que sur n’importe quel tournage de cinéma classique. Ou dans n’importe quelle entreprise. Moi, si j’étais caissière ou vendeuse, je passerais ma journée à pleurer."
Fists vaginaux
"Pour bien vivre le X, il faut être évidemment clair dans sa tête. Depuis le début, j’ai dit ce dont j’avais envie, et ce dont je n’avais pas envie. Je suis la seule actrice à faire des fists vaginaux dans le circuit pro. En revanche, je refuse l’éjaculation faciale. La seule fois où je me suis laissée entraîner, c’était pour mon premier film, où j’ai accepté de tourner sans capote. Ensuite, j’ai systématiquement exigé le préservatif. "
Elle sait ce qu’elle veut
On l’aura compris, Ovidie sait ce qu’elle veut : pour elle, se faire pénétrer ne signifie pas se faire posséder. Et son message ne laisse pas indifférent, comme en témoignent les réactions qu’elle rencontre autour d’elle. " Faire du porno ne met pas en danger ni physiquement ni psychiquement. En revanche maintenant je ne peux plus prendre le métro ni sortir le soir. "
Des explications
" Chaque fois que je mets le nez dehors, des gens m’interpellent. Toujours très gentiment. Mais c’est systématique. "Excusez-moi, est-ce qu’on peut parler, il y a quelque chose que je n’ai pas compris dans votre discours ?" Et pas question de les envoyer balader. Je prends toujours le temps de leur donner des explications. Je ne peux pas me permettre de lancer des idées en l’air sans assumer les retours. C’est pour ça que j’écris actuellement un ouvrage sur la pornographie et les femmes. Pour m’expliquer une bonne fois pour toutes. "
Le corps de l’homme
Ovidie a déjà son public : essentiellement des jeunes, des filles, attirés par le porno sans forcément y trouver ce qu’ils y cherchent. Et, bien qu’elle se sente isolée, affirmant ne trouver de réconfort que dans sa correspondance avec les vieilles féministes américaines, il semble que la nouvelle égérie du X s’inscrive dans un mouvement d’affirmation de la libido féminine qui travaille l’ensemble de la société. Souvenons-nous des boys bands épilés et des Chippendales bodybuildés qui consacrèrent le corps de l’homme comme objet du désir féminin.
Prendre son pied
Des tigresses du R&B, harnachées dans un Wonderbra comme dans un armure, qui revendiquent leur droit au plaisir sans que cela ne fasse d’elles des bimbos passives pour rappers machistes. Et bien sûr du Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh-Thi qui montrait enfin des filles prendre véritablement l’initiative sexuelle. Et à quel prix.… Une chose est sûre : à l’aube du XXIe siècle, prendre son pied est devenu une revendication féministe.










Vos commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Vous aussi, déposez un commentaire, cliquez ici