La passion peut-elle survivre à la vie conjugale ? Pour surmonter l’épreuve du linge sale et des chaussettes douteuses, un nombre croissant d’amoureux ont décidé de vivre la dernière aventure moderne : vivre à deux, sans exclure quelques amants. Ils sont des milliers en France à trouver dans le modèle du "couple fissionnel" une harmonie tempérée par le flirt extra-conjugal.

Body-fluid

Adieu monogamie ! Au panier l’adultère ! On peut maintenant avoir trois, quatre ou cinq amours, sans en trahir aucun. Car les "ciel mon mari" c’est fini. Et les amants dans le placard, ringards. Plus question de mentir désormais, ne serait-ce qu’à cause du sida. Si vous avez très envie de Jean-Luc, tout en ayant un petit copain (Pierre), très simple. Dites-lui : "Pierre chéri, en amour, je suis polyfidèle mais responsable ! La monogamie, je la préfère "body-fluid" et si tu veux bien, ce soir, on va faire une triade avec Jean-Luc. Tu es d’accord ?".

Number three

Evidemment qu’il est d’accord. C’est votre "Number One". S’il ne l’est pas, vous passerez la soirée en tête à tête avec "Number two" (le charmant Jean-Pierre), éventuellement accompagné de "Number Three" (l’adorable Vincent). L’amour, c’est devenu simple comme un coup de modem. Une gestion bien ordonnée de son agenda sexuel. En quelques e-mails, le carnet de rendez-vous se remplit : Lundi, Patrick. Mardi, Alexandre. Mercredi, Francis. Et Dimanche, jour du seigneur, nous mangerons d’autres cœurs.

Relations indépendantes

Dans son livre "La Déliaison amoureuse", le sociologue Serge Chaumier explique tout, mais vraiment tout ce qui pousse deux amoureux à "vivre sa vie" en toute complicité : "Chaque partenaire se donne la liberté mutuelle de vivre des relations indépendantes du conjoint, à des degrés divers et à des niveaux relationnels négociés au préalable. Il ne s’agit pas de se "tromper" (mesquin et archaïque) mais de reconnaitre et d’accepter l’affirmation de ses désirs et de ceux de son partenaire".

Polyamor

Aux Etats-Unis, on appelle ça le poly-amour et ça fait un carton ! "Le polyamour, explique Jennifer Wesp, fondatrice en 1992 du forum de discussion alt polyamor, ce n’est pas de la triche. On mène de front plusieurs relations amoureuses, sans mentir à personne et avec le consentement de ses partenaires. Ce n’est peut-être pas évident, mais c’est surement plus viable que l’adultère ! Il suffit d’être honnête". Les adeptes insistent vraiment sur le mot : il faut jurer de dire la vérité, toute la vérité quand on se lance dans la voie difficile de l’amour adulte.

La panacée

Et la première vérité, c’est que l’amour échappe à toutes les règles, surtout celle de la fidélité : "Nous sommes humains, nous avons des désirs... Nous avons besoin de continuer à séduire même quand nous vivons en couple", explique Nathalie, 23 ans. "Il ne s’agit pas automatiquement d’accepter que le partenaire puisse vivre des relations amoureuses ou sexuelles avec un tiers, rappelle Serge Chaumier - ce contrat de couple est encore minoritaire - mais le principe est d’accepter que des échanges puissent voir lieu". Pour les couples fissionnels, très vite, conserver son autonomie devient une évidence : à les en croire, ce serait la panacée.

Nouveau modèle

"Nous proposons un nouveau modèle de conjugalité, expliquent-ils. Un modèle basé sur la l’émancipation, ...". Pour eux, le couple est en danger. Une seule manière de le sauver : varier ses plaisirs, pour ne se fatiguer d’aucun ! Rester ouvert, créer une synergie dans les relations avec d’autres personnes, interagir constamment avec l’extérieur pour se "ressourcer" et nourrir la vie conjugale. "Franchement, c’est plus facile de trouver son équilibre dans la diversité que dans une relation exclusive, possessive, aliénante, explique Nathalie. Il ne faut pas renoncer à son autonomie en amour. C’est courir au désastre".

Avenir du couple

Ce discours-là n’est pas isolé. En France, les tenants du couple pluriel se multiplient : ils sont jeunes, ils sont libres, ils s’amusent entre amis de cœur et affirment ouvertement leurs désirs... Liaisons dangereuses ? Pas du tout. Pour Serge Chaumier, ces nouveaux contrats amoureux préservent l’identité de chacun et "le droit à une existence autonome". L’avenir du couple, selon de nombreux sociologues, serait dans la "fission" : c’est le modèle actuel dominant. D’abord, parce que de plus en plus de personnes vivent seules : il existe 6 millions de célibataires en France, 6 millions de cœurs volages. Ensuite, parce que les filles ne veulent plus se marier. Elles veulent être aimées. Par Francis ou par Patrick, qu’importe. De toute façon il y aura Vincent.