Légende vivante du X, Nora Louise Kuzma - alias Traci Lords, partage beaucoup de qualités avec Marilyn Monroe. La fausse blondeur, des rondeurs généreuses, une identité usurpée, un passé sulfureux, l'incapacité à transcender son statut de pin-up écervelée, une capacité étonnante à surchauffer les imaginations et surtout un magnétisme incroyable devant la caméra.

John Waters

Sa brève - mais mémorable -carrière dans le X est restée gravée dans les mémoires et son échec dans le cinéma légitime reste une erreur criminelle. Son seul vrai rôle, dans le "Cry-Baby" de John Waters, auprès de Johnny Depp et Iggy Pop, aurait dû naturellement aboutir à une carrière fructueuse, tant sa beauté et son charisme écrasaient la concurrence. Il n'en fut rien et à trente-trois ans, Traci Lords est obligée de faire carrière dans des téléfilms miteux. Et pourtant elle avait tout pour devenir une superstar atomique.

Beau père

Née en 1968, sa maturité précoce l'amène à quinze ans dans les bras d'un type qui en a vingt-cinq de plus. Sans plus tarder, celui-ci lui propose de poser nue sous une fausse identité en se faisant passer pour son beau-père. Son enthousiasme devant l'appareil photo provoque des réactions en chaînes. Il n'en faut pas plus pour qu'on lui propose de faire du X. Son premier film, "What Gets Me Hot" sort en 1984. Elle tourne constamment dans les mois qui viennent, s'inventant une vie passée et faisant croire à tout le monde qu'elle est majeure.

Frénésie

Son physique de fille de banlieue un peu ronde est rapidement compensé par une prodigieuse capacité à sublimer le sexe - elle interprète chaque coït comme si elle allait mourir -, apportant à ses rôles une véritable frénésie. Le réalisateur Paul Thomas confirme : "elle est une des rares actrices qui ne s'arrêtaient pas de baiser une fois la caméra éteinte. Elle voulait continuer, pour prouver qu'elle baisait mieux que n'importe qui." En 1985, la couverture de Penthouse achève de faire de Traci Lords la plus grande vedette X de la décennie. Ses orgasmes à l'écran, d'une violence redoutable, électrisent le public.

Intimidation

Ses fans attendent des heures ses apparitions, elle brise tous les records de salaire du porno, passant des misérables 200 dollars la scène à une dizaine de milliers de dollars mensuels avec appartement et voiture de fonction. Elle devient rapidement riche, écrit, finance et produit ses propres films, qu'elle vend comme des produits finis aux compagnies X. Traci Lords Productions est supervisé par son manager/boyfriend, un personnage douteux qui use de l'intimidation quand c'est nécessaire. Traci fête sa majorité dignement.

Cauchemar

Après avoir trouvé un buget colossal pour le genre - près de cinquante mille dollars -, elle part tourner à Paris ce qui devait être son chef-d'œuvre, "Traci I Love You". Mais le film est un ratage intégral, mal réalisé, peu excitant, dans lequel Traci semble étrangement absente. Comme dans un mauvais scénario hollywoodien, son moment de triomphe se transforme rapidement en cauchemar. En mai 1986, à peine revenue en Californie, elle se fait arrêter par le FBI pour avoir tourné soixante-dix sept films X avant sa majorité.

Toxicomanie

En quelques heures, des milliers de cassettes vidéo sont saisies, détruites, retirées de la ventes, coûtant des millions de dollars à l'industrie du porno. C'est un désastre d'une dimension inouïe. Traci se défend en affirmant avoir été exploitée par les producteurs de X, abusant de sa toxicomanie et de sa naïveté. Les enquêteurs du FBI, agissant au nom d'une moralité toute Reaganienne, se servent du cas Traci Lords pour tenter de briser l'industrie de la pornographie toute entière, précipitant la ruine de producteurs et d'actrices telles que Ginger Lynn.

Béton

Une situation qui fera de Traci l'objet de rancunes tenaces et amènera certains à douter de sa bonne foi. Le producteur Jim South affirme "je ne l'ai jamais vue se droguer. Elle était une femme d'affaires responsable qui savait parfaitement ce qu'elle faisait." Le ressentiment à son endroit reste palpable : "c'est une ingrate qui a causé la perte de gens qui ont la mémoire longue. Elle finira coulée dans le béton", affirma en 1986 le producteur Bill Margold.

Survivante

Une cure de désintoxication plus tard, plus fine, plus sereine et plus belle que jamais, survivante d'un tourbillon qui ne l'a pas laissée indemne mais qui l'a rendue plus forte. Elle décide en 1989 avec son nouvel agent Don Geller de ne plus jamais tourner de scènes nue, une résolution à laquelle elle est restée fidèle à ce jour. Son statut d'ange déchu du X et son intelligence au dessus de la moyenne font rapidement d'elle une icône underground.

Melrose Place

Elle participe à une chanson que les Manic Street Preachers lui avaient dédiée, "Sweet Baby Nothing" et enregistre les choeurs de "Somebody To Love" des Ramones. Outre le rôle dans "Cry-Baby" en 1990 et quelques apparitions dans les séries "Tommyknockers" (adapté de Stephen King), "Profiler" et un rôle régulier sur "Melrose Place", elle a sorti des vidéos de body-buidling et entamé une carrière musicale tout à fait crédible, avec un album techno, "1000 Dances" et un single "Control", classé numéro 2 aux USA l'espace d'une semaine en février 1995.

Légitime

Aujourd'hui, Traci Lords voit son passé sulfureux comme une autre vie. Son succès relatif hors du X a ouvert des portes autrefois hermétiques pour les starlettes du porno qui lui ont succédé et tentent elles aussi d'acquérir un statut légitime. Mais Traci Lords restera unique, l'ange blond qui sacrifia son innocence mais retrouva la grâce, dotée par la Nature d'une élégance charnelle qu'aucune de ses concurrentes et héritières n'auront jamais.

[1] Le plan Northwoods, monté en 1961 par des militaires anti-communistes américains, visait à justifier une intervention au Cuba par des attaques sur des cibles civiles américaines. Ces attaques allaient ensuite été attribuées aux Cubains.

[2] Codes d'identification et de transmission de la présidence, cités selon Meyssan et le New York Times par les assaillants pour avertir le Secret Service américain d'une attaque sur la Maison Blanche et Air Force One.

[3] Le Monde Télévision, samedi 16 mars 2002

[4] Le Monde Télévision, samedi 6 avril 2002