" On peut tirer avec… Ca sent le soufre, c’est long, c’est dur et c’est prêt à exploser ! " Ilsa Strix est américaine. Dominatrice professionnelle, elle joue régulièrement avec un Colt 45 et s’entraîne au tir avec quelques amies - fascinées comme elle par les gros calibres. Leur plus grand plaisir : un sentiment d’accomplissement et de maîtrise sur la machine. " On ressent une vibration dans tout le corps. Ca nous rappelle le sexe. " L’heure des vibromasseurs a-t-elle sonné ? Pas si sur.
Sexualité agressive

Aux USA, de plus en plus de filles revendiquent leur droit à tirer les premières. Elles sont déjà cinq millions à posséder une arme*. Aujourd’hui, elles ne demandent plus qu’à s’en servir. Pour Katharine Gates, auteur d’une anthologie du fétichisme (" Deviant Desires ", Ed Juno), le pistolet est devenu érotique après l’assassinat de John Fitzerald Kennedy. " Les mouvements Gun Control, toutes les associations qui luttent contre la prolifération des armes à feu, ont fait du revolver le symbole d’une sexualité agressive, exclusivement masculine, qu’il fallait combattre et s’accaparer ".
Barbarella et Bonnie Parker
Pas étonnant qu’après des siècles de monopole, les femmes aient eu à leur tour envie d’appuyer sur la gâchette. Objet phallique, symbole de liberté et de pouvoir, l’usage du flingue est devenu un rite quasi initiatique. " Nous vivons dans une culture qui fétichise l’arme ", ajoute Katharine Gates. " La publicité, la mode, Hollywood et les médias savent que les flingues nous font bander. Ils exploitent leur image pour nous vendre n’importe quoi. " Une attirance sexuelle qu’elle rattache au souvenir de Barbarella et Bonnie Parker.
La peur de la mort
Depuis 50 ans, le flingue est au centre de tous les fantasmes. Une spirale du désir alimentée par la peur de la mort ou la mutilation. " Les fusils, comme nos premières expériences sexuelles, sont traumatisants. On a peur de se laisser aller, de perdre le contrôle pendant l’orgasme", confirme K. Gates. On connaissait déjà les bimbos violentes grâce à " Jackie Brown " ou " Tank Girl " (l’ado à Beretta de Jamie Hewlett). Surprise, le style se décline aussi sur Internet pour vendre des armes ou des accessoires de pêche.
Grossistes en Browning
Des sites érotiques comme " Chicks and Guns " publient des images de Playmate second choix, sanglés dans des treillis militaires et d’énormes ceinturons, pour attirer le chaland vers des grossistes en Browning... Une association (sexe et canons sciés) vivement critiquée par la Commission Meese, sorte de CSA du porno, qui dénonce régulièrement l’incitation à la violence et les appels au meurtre de certaines mises en scène. Paradoxe : au mois de Mai dernier, le magazine Penthouse essuyait la fureur des marchands d’armes, après avoir publié douze pages de sexe avec le mannequin Nikita et une incroyable collection de flingues.
Réunions Tupper-Guns
Responsable de cette hypocrisie : la NRA (National Riffle Association), puissant lobby de l’armement, disposant aux USA de formidables moyens de pression. L’association avait pour habitude de financer les campagnes de ses partisans (George W Bush Jr), elle s’intéresse aujourd’hui de très près aux ménagères. Sa stratégie marketing : convertir les américaines à la légitime défense. Pendant que leurs mères organisent des réunions " Tupper Guns ", les collégiennes suivent des cours de combat.
Un acte féministe
Sur le Web, le site " Guns and babes " propose derrière un vague portfolio déshabillé, un catalogue de 462 fusils-mitrailleurs et revolvers nacrés. " De véritables bijoux ! ", assure Anne Lockart, actrice à Hollywood qui fait la promotion des armes dans ses films. En parallèle, le magazine " Women and Guns ", déclare régulièrement, lui, que porter une arme est un acte féministe. Le but ? Exploiter la peur de la violence chez les femmes et leur désir d’émancipation.
3 724 546 révolvers
" Puisque les criminels sont partout, la seule réponse semble souvent une protection personnelle " analyse Judith Bonderman, auteur du best-seller " Women and Guns " (Ed. AAP News Editions). En 1998, l’industrie de l’armement US fabriquait 3 724 546 revolvers, carabines et fusils mitrailleurs. La même année, 30 708 personnes tombaient sous leurs balles. La plupart cherchaient à devenir quelqu’un en serrant quelque chose de froid dans leur pantalon. Apparemment, c’est raté.










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