Faut-il entrer nous aussi dans la dernière polémique qui secoue le petit monde du SM en France ? Le SM est-il une sexualité supérieure réservée aux personnes chic, riches, parisiennes et "cultivées" ? Le débat peut sembler ridicule mais il prend toute son importance quand l’on songe qu’il s’agit ni plus, ni moins de l’une des dernières formes de discrimination, la discrimination sociale et culturelle.

Grain de se répressif

La communauté SM devrait être bien au-dessus de ce genre chose mais elle s’est organisée sur de mauvaises bases : les choses datent d’il y a quelques dizaines d’années. Si l’on ne remonte pas à l’époque de Sade, on peut affirmer sans trop d’audace que le SM n’a jamais vraiment été réprimé chez nous, du moins dans nos vies privées. Le fait que tout reste pratiqué discrètement, entre personnes majeures et consentantes suffisait à faire en sorte qu’aucune autorité ne puisse y mettre son grain de sel répressif.

Automatiquement des artistes

Le SM n’a pu donc s’exprimer pendant longtemps publiquement qu’au travers de l’art, de la littérature et de la mode. Art et SM ont donc finit par être naturellement liés dans l’esprit de chacun, que l’on soit adepte ou non. Or cette association n’a rien de naturelle, elle est tout simplement l’héritage de la censure. Certes l’art a fait beaucoup de bien pour l’image du sadomasochisme et des fétichismes. Mais de là à penser que le fait d’être SM fasse de nous automatiquement des artistes dotés d’un goût certain, il y a de la marge. De là à considérer que seuls les artistes sont en droit de s’exprimer sur le sujet, il y a un pas que certains ont franchi depuis longtemps.

Les vidéos trop explicites

Les tenants d’un SM "bon chic bon genre" entre gens de "bonne compagnie" savent qu’ils sont en train de perdre leur pouvoir au sein de notre communauté. Ils ont refusé le succès du minitel, méprisent l’Internet, détestent les revues comme "Talons Aiguilles" ou "D magazine", boudent les soirées fétichistes et exècrent les vidéos trop explicites. Alors ils règlent leurs comptes dans des livres, des essais, des magazines pseudo-chics, des galeries d’art… Ils font comme si tout le reste n’existait pas alors que c’est la vraie visibilité du SM, celle qui est omniprésente, combative, constructive, libre et ouverte aux idées nouvelles.

Cela peut être glauque

On en a marre des clichés. Le SM ce n’est pas un truc que l’on fait entre le golf, une sortie en voilier et après un dîner aux chandelles à la Tour d’Argent. Le SM n’est pas une sexualité réservée aux notaires, avocats, artistes célèbres, nobles, top modèles et écrivains sans lecteurs. Le SM ne se pratique pas uniquement dans des châteaux perdus au milieu d’immenses propriétés. Le SM c’est plein de gens formidables, c’est aussi plein de cons, c’est très chic parfois mais cela peut être glauque, grotesque, triste, grossier, fun, élégant, de gauche, de droite, de nulle part. Le SM appartient désormais à tout le monde".