A la fin du XIXème siècle, le sexologue Krafft-Ebing invente les mots "sadisme" et "masochisme", plaquant sur une pratique sexuelle et amoureuse tout le poids répressif de la morale du XIXème siècle. Le SM devient synonyme de violence destructrice et de perversion pathologique. Mais aussi de "belles-lettres".

Le dominateur BCBG

En 1954, Pauline Réage - alias Dominique Aury - fait une déclaration d’amour à l’éditeur Jean Paulhan en écrivant un livre qui fait scandale, Histoire d’O, inspiré des écrits érotiques de Swinburne. Ce roman impose l’imagerie élitiste du SM et le stéréotype absurde du dominateur BCBG. Mais il donne au SM ses lettres de noblesse. Après 1968, Alain Robbe-Grillet, réalisateur de films de domination-soumission, écrit un chef d’oeuvre sous le nom de Jean de Berg : L’Image. Il contribue à donner du SM "l’image" d’un jeu cérébral, revendiquant le droit au fantasme et à l’imagination.

Prenons notre revanche

Depuis, le SM semble n’avoir pas évolué. Lié dans les esprits au décor carton-pate des donjons de château, il semble ne concerner qu’une population de penseurs un peu pervers et de grandes dames élégantes… Erreur. Pensez-vous vraiment que le SM ne concerne qu’une caste ou ne relève que d’un problème de classe sociale ? Certains prétendent que oui. Pour eux, le SM est une forme de compensation sociale : la hiérarchie soi disant nous pèse, alors nous prenons notre revanche !

Une petite infantilisation

A en croire cette théorie, le SM ne concerne donc que deux catégories de personnes : les minables frustrés rêvant de transformer d’inaccessibles businesswomen en chiennes avilies (tu fais moins la fière hein ?) et les "dirigeants" de grandes sociétés rêvant de se faire fesser le cul, le temps d’une petite infantilisation (oh oui Maîtresse, punissez-moi !). La caricature est risible, mais dangereuse. Car reléguer le SM au rang des règlements de compte ou des auto-flagellations, c’est un peu comme affirmer que certaines personnes sont homosexuelles à cause d’un problème génétique. Sous-entendu : tous des malades !

Ni victimes, ni bourreaux

Quoi de plus normatif et puritain que ce genre d’explications vaseuses, où l’on essaie de comprendre la sexualité en cherchant dans l’enfance, dans l’ADN, dans la société l’origine d’une "déviance". Il n’y a pas de "déviance", ni de "problème", ni d’anormalité. On ne devient pas SM parce qu’on a pris conscience des injustices financières et des inégalités sociales… On est SM du plus loin qu’on se souvient, du plus loin qu’on est en âge d’avoir des fantasmes. Alors, par pitié, arrêtez de nous faire la morale en professant que nous sommes des victimes du capitalisme, de la course au rendement et de la société du spectacle ! En amour, il n’y a ni victimes, ni bourreaux.