Subtil, le SM ? Raffiné, littéraire, intellectuel ? Pas du tout. C’est pourtant ce que voudrait nous faire croire "L’Encyclopédie du SM" (Ed. la Musardine), - ouvrage bourré d’erreurs et de contre-vérités -, qui relance sur la place publique un débat d’envergure : faut-il mener la lutte des classes sur le terrain de la sexualité ? Pour un nombre croissant d’écrivains, le SM-fétichisme est le dernier bastion de la sexualité supérieure.

Des éboueurs SM

Pourquoi ? Parce que depuis un certain temps, les "perversions" sont à la mode : Houellebecq a découvert les délices des clubs échangistes, Dustan s’est fait fister dans les backrooms et Ravalec a zoné le long du périph. Maintenant, les partouzes sont "popu" et le porno "démocratique". Du coup, certains adeptes du SM se réfugient frileusement dans leur mensongère tour d’ivoire. Ils voudraient nous cacher qu’il y a des gens "vulgaires", simples employés, petits fonctionnaires, ouvriers (des éboueurs SM, je n’ose y croire Marie-Claire !) voire chômeurs dans les donjons.

Une coupe de champagne

Pour eux, c’est impensable. Pour eux, on ne peut pratiquer le sadomasochisme sans avoir lu Kant, Freud, Sade et Baudelaire… On ne peut se flageller qu’en écoutant Bach une coupe de Champagne à la main (ne dites pas qu’ils boivent de la bière sur "Rape me" !). Pour eux, on ne peut être SM qu’en voilette et dentelles pour les dominatrices, nues avec un collier de diamant pour les soumises ou en costard version mafieuse pour les mâles. On ne peut organiser de soirées privées sans vedette du show-biz, sans politicien, sans médecin, sans avocat, ni notaire de renom !

Café de Flore

Bref, ces snobs multiplient dans des ouvrages comme "L’Encyclopédie du SM" une vision totalement éculée de leur sexualité. Ils ont si peur, de voir leurs jeux érotiques d’après golf leur échapper. Pour eux l’important est d’abord de croire en sa propre élégance chic et penser comme les coloniaux qu’il faut évangéliser le bon peuple… La vérité n’a plus aucune importance, pourvu que l’on se retrouve entre lecteurs du Figaro, électeurs de Balladur et Juppé, faux gauchistes mais vrais néo-réactionnaires, habitants du XVIème pour le côté tellement chic et habitants du VIème pour le côté tellement artiste. Rendez-vous tous au Café de Flore.

10 % des Français

La vérité pourtant, c’est que le SM concerne 10% de la population française, toutes catégories confondues. Un chiffre qui n’augmente pas malgré la médiatisation du phénomène. Quant aux fantasmes SM, encore plus courants, ils sont partagés par des générations entières, nourries au biberon de "Chapeau melon et bottes de cuir", "Angélique marquise des anges" ou "Albator"… Plus de la moitié des filles-garçons rêvent d’être kidnappée ou transformée en amant masqué dans des simulacres d’amour brutal sortis tout droit de westerns ( la séance de fouet dans "L’homme qui tua Liberty Valence") ou de films de science fiction ( le cul de Mel Gibson dans "Mad Max") !

Culture populaire

Quoi de plus courant que le SM ? Quoi de plus universellement partagé que ces fantasmes de mec en cuir et de vamp à la voix rapeuse ? Le SM n’a rien à voir avec les idéologies élististes, mais tout à voir avec la culture populaire, celle des BD, des séries-TV ou des dessins animés pour enfants… Qu’on se le dise !