Nom : Sprinkle. Prénom : Annie. Profession : Icône sexuelle… Actrice porno débutante en 1980, masseuse intime pendant 20 ans, illuminée tantrique depuis lors, Annie Sprinkle fût même une figure de l’urologie (les légendaires " Golden Showers " de Slippery When Wet ). Utiliser son corps comme plan de carrière. Avec un parcours éreintant, Annie Sprinkle est aujourd’hui devenue la première start-up du sexe, vendant ses gouttes de transpiration comme autant de fuck-options.

Endorphine

En pleine euphorie " disco-glam ", elle allaite plus de 150 films et affiche sa candeur incertaine sur grand écran. Lorsque l’ingénue de " Teenage Deviate " (son premier long-métrage) devient porno star en 1983, la famille du X est encore souriante. Les tournages restent de joyeux bordels, sans script, noyés de gaîté endorphine. Mais pour cause de fétichisme intensif, l’étoile montante de la constellation du Grand Cul rompt avec l’Industrie en 1987. Elle poursuivra les cinquante derniers opus de sa carrière en 8 mm.

Semence

A l’époque, les chaleureux pornocrates ont encore un code moral. Ils ne souhaitent pas s’encombrer d’une fanatique qui - sans aucune lassitude - s’essayent à trop de pratiques sexuelles. De son premier " fist-fucking " à sa relation avec un transsexuel au pénis fraichement greffé, la demoiselle allonge son évolution sur la pellicule. Exhibitionnisme malsain ? Miss Sprinkle place son corps comme page vierge, où la sexualité écrirait son histoire. De clubs SM réputés en chevauchées fantastiques (25 mâles l’honorent, avant de l’inonder de semence), de photographies glamours en boîtes de strip-tease, Sprinkle recherche son propre mode de sexualité - et choque l’Amérique.

Peignoir

1978. Elle est incarcérée pour la publication d’une série de photos où une femme unijambiste la pénétre avec son moignon. De ses expérimentations douteuses, même John Waters, le basileus de la vulgarité outre-atlantique, s’avouera choqué. Puis l’actrice décide de ceinturer son peignoir, et laisse à la profession un testament fracassant. " Deep Inside Annie Sprinkle " est non seulement le premier porno réalisé par une femme, mais prône le safe-sex dans une industrie où l’homme transpire, grogne et jouit pour vous faire cracher vos deniers. Le film, qui met en scène la jouissance féminine dans une scène de masturbation, suivie d’un orgasme à ralonge, est d’avantage un témoignage éducatif qu’une nouvelle production à regarder kleenex en main. Message limpide : la pornographie se décline à présent au féminin, du tournage au visionnage. Et l’homo erectus de rejoindre le sac à main et son cortège de vibromasseurs. Son unique issue serait donc de devenir lesbien : commencer à aimer les femmes, cesser d’affirmer un machisme penaud .

Extase

En 1982, grâce au second succès X américain de l’année, Annie Sprinkle hurlait le Girl Power dix ans avant le quintette pop épicé. La Femme est désormais le point G de l’univers métaphysique. Devenue une artiste reconnue, l’actrice-réalisatrice poursuit alors sa quête spirituelle. Elle s’initie au tantrisme, cette pratique religieuse qui permet de communiquer avec Dieu depuis un 69. Ainsi, avec l’ombre du Virus, Sprinkle découvre " l’incroyable extase, née de respirations continues et de contacts occulaires ".

Suffragettes

Elle délaisse les fouets pour les couronnes de fleurs, le cul extrême pour le "safe-sex ". Annie apprend à connaître Anya, ce double spirituel trop longtemps ignoré. Anya saisit l’impact médiatique d’Annie et entreprend d’éduquer une génération de suffragettes, inspirées par les attitudes garçonnes d’une Madonna période " Like A Virgin ". Vient la présentation au musée d’Art Moderne de New York de "How to Be a Sex Godess in 101 Easy Steps". Le film est un vrai manifeste féministe (" votre chatte est votre amie ") perdu dans une dérive artistique hallucinée et surcolorée.

Cosmique

Mais la provocation reste. Ici plus de mâles mais des femmes, du latex et d’incroyables directives (" si vous ne trouver pas votre clitoris, faîtes vous fist-fucker, vous ne le raterez pas "). De photographies en articles pour Hustler, elle poursuit alors son enseignement de pornographe, et va jusqu’à donner des cours en fac sur l’orgasme cosmique. Après la parution de ses Mémoires Masturbatoires (où l’on apprend l’exercice de la " médibation ", symbiose de méditation bouddhique et de masturbation intensive) Annie Sprinkle a récemment présenté à Paris sa dernière performance artistique, " Herstory of Porn ", spectacle dérangeant qui déconstruit les règles du cul visuel et son esthétique aseptisée.

Levrette

Par cet autoportrait troublant, l’ancienne actrice confirme son statut d’artiste et de féministe virulente. Sprinkle, goule médiatique ? A l’image d’une Brigitte Lahaie (animatrice) ou d’une Traci Lord (actrice TV), les duchesses de la levrette rêvent toutes d’une rédemption audiovisuelle. Si elles se plient aux enseignements du gourou américain, la télévision misogyne abdiquera face à ce débordement d’énergie féminine. La résistance aux insipides reines de beauté s’organise.