A Technikart, 100 % des journalistes se masturbent. Face à cette inondation que seules quelques portes étanches arrivent encore à contenir, nous en sommes venus à nous interroger : pour quelle raison la main droite de nos collègues de bureau est-elle chaque jour plus calleuse ? Pourquoi l’univers qui nous entoure n’est-il peuplé que de branleurs frénétiques ? Et, enfin, que faire lorsqu’on est confronté à la sur-érotisation du monde et aux migraines persistantes de la gent féminine ?
Kiki sous la cotte de maille

Avant d’apporter de solides réponses à ces questionnements, autorisons nous, si vous le permettez, un bref rappel historique (1). Ouvrez vos cahiers et notez : la masturbation n’a pas toujours été une intime évidence. Considérée avec une relative indifférence durant tout le moyen âge, elle accède enfin au statut d’acte barbare dans les premières années du 18ème siècle. Alors qu’on pouvait jusqu’alors se tripoter tranquillement le kiki sous la côte de maille, la publication en 1715 à Londres du livre Onania (sobrement sous titré L’odieux péché de la masturbation, et toutes ses conséquences affreuses pour les deux sexes, avec des conseils d’ordre moral et d’ordre physique à ceux qui se sont déjà causé des dommages par cette pratique abominable) jette le discrédit sur les adeptes du cinq contre un.
Secs et émaciés
Rédigé par un charlatan aujourd’hui encore anonyme, cet ouvrage aura, en Europe, un retentissement énorme. La masturbation y est décrite comme un acte moralement ignoble qui conduit à des troubles affreux, parmi lesquels les ulcères, les convulsions, l’épilepsie. Avec un sens admirable de la mesure, l’auteur d’Onania écrit : " Beaucoup de jeunes gens, qui étaient robustes et bien bâtis avant de s’adonner à ce vice, s’en sont trouvés épuisés et, la masturbation privant leur corps de son humidité vitale et réparatrice, devenus secs et émaciés, ont été conduits à la tombe. "
Slips de chasteté
Malgré ces mises en garde et les dispositifs anti-branlette de l’époque (slips de chasteté, liens pour emprisonner les mains, …), certains intrépides continuent à risquer leur vie dans l’intimité des granges et le calme des sous-bois. Heureusement, Tissot, un médecin Suisse de grande renommé, apporte une caution scientifique aux militants anti-masturbation, en publiant en 1758 un livrequi deviendra lui aussi culte : l’Onanisme. Le monde scientifique s’agenouille alors face à ce messie, chantre de l’abstinence et de la douche froide, inventeur d’une sorte de Mac-Carthisme du caleçon.
Véritable boom
Si vous avez un jour craint de devenir sourd ou impuissant en vous astiquant la nouille, c’est en grande partie à cause de Tissot. Ses thèses, absurdes mais vivaces, perdureront jusqu’au 20ème siècle, période où les gens se déculpabilisent progressivement et reprennent peu à peu le contact avec eux-même. Aux Etats-Unis, dans les années 80, la masturbation, dopée par la peur du SIDA, connaît un véritable boom. Les gays se réunissent dans des clubs privés pour se livrer à des séances collectives connues sous le nom de Jack-off party.
Fouetter le salami
Les premières machines à branler voient le jour dans cette même décennie (Accu Jack, Vénus 2), tout comme des expressions fort imagées : " se fouetter le salami " ou bien encore " avoir un rendez-vous avec Rosie et ses quatre sœurs ". C’est charmant et certains, parmi nous, se souviennent encore avec émotion des grandes séances de masturbation collective de la librairie Good Vibrations de San Francisco. Bref, ça commence à se pignoler dans tous les sens. Mais ce qui était jusqu’alors un acte de résistance à l’ordre moral, puis une technique de safe-sex, va vite se transformer en activité purement frénétique.
95% des hommes

Selon les chiffres publiés par les chrétiens libérés, 95 % des hommes se masturberaient ainsi que 60 % des femmes. Comment ne pas voir dans cette tendance de plus en plus poussée à l’autosatisfaction, la traduction du système politique individualiste dans lequel nous vivons ? Dans l’univers qui est le nôtre et où domine un hédonisme de pacotille, tout est mis en oeuvre pour exciter notre libido. Sur les panneaux publicitaire ou bien encore à la télé, on nous présente généreusement des seins, des ventres, des cuisses interminables pour nous vendre des yoghourts, des canapés, des téléviseurs écrans géants.
Se masturber, c’est consommer
En parlant ainsi à nos sens, les publicitaires excitent nos appétits les plus profonds. Après avoir acheté le yoghourt, le canapé et la télé, il ne reste plus au consommateur frustré qu’à rentrer chez lui et à se branler, à satisfaire quasi instantanément ses désirs comme la société le lui a toujours appris, à éteindre avec un entrain mécanique ce petit incendie qu’avait fait naître le mannequin suédois sur l’affiche 4X3. Aujourd’hui, dans le monde poétique qui est le nôtre, on en vient à tirer cette conclusion pâteuse : se masturber, c’est consommer des orgasmes.
Joystick
Abreuvés d’images a forte charge érotique, incités à rester scotchés devant les écrans, nous n’avons plus de rapport à nous-même que mécanique, comme si nous agitions maladivement un joystick. Pendant ce temps là, le pouvoir se réjouit, lui qui s’est toujours démené pour canaliser notre flux libidinal, l’orienter là où se trouvait ses intérêts et l’amputer de sa charge révolutionnaire. Le problème principal de la branlette, aujourd’hui, est que tout le monde en attend un résultat.










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