Depuis trois semaines, Marc-Olivier Fogiel est partout. Pourquoi ? D’abord parce que TV+ vient de fêter sa centième édition. Ensuite, et surtout, parce que les attachés de presse qui entourent Marc-O vont jusqu’à solliciter les rédactions (Libé, en l’occurence) pour que la tronche de leur poulain passe de l’écran au papier. N’ayant que la télé pour regarder cet abîme qu’est son nombril, le justicier du PAF appelle finalement à la rescousse les journaux, en souhaitant être labellisé hype, tout en rêvant secrètement de psychanalyse.

La libido de Télérama

Il faut dire que ce qui lui est arrivé n’est pas commun. Dans le mou ronron du PAF, paradis de complaisance où les Fidel Castro sont virtuels et où Yves Mourousi posant son cul sur le bureau de François Mitterrand figure comme sommet d’irrévérence, l’arrivée de Marc-Olivier Fogiel est passée pour une bombinette à neutrons. Avec sa moue candido-agressive et ses lèvres luisantes à la Daniela Lumbroso, l’animateur de TV+ a même réussi à réveiller la libido de Télérama qui, en début d’année, lui a consacré un article hagiographique intitulé Un loup dans la bergerie.

L’ange exterminateur

Qu’est-ce donc qui peut exciter à ce point un journal de quinquas cathos dégoûtés de la télé ? Réponse : la venue sur terre de l’ange exterminateur, âme pure prête à trahir le monde des médias pour dire enfin aux masses l’arrivisme inconscient de Julien Courbet, les amitiés mitterrandiennes de Pascal Sevran, la passion de Fabrice pour les films de cul, le diabète de Jacques Martin, bref, toute cette humanité crade que cache (mal) la façade rutilante du vingt heures de TF1.

Bourreau Chilien

En plus, Marc-Olivier Fogiel y met la manière. Avec l’opiniâtreté d’un bourreau chilien, il cuisine les stars du petit écran, répète inlassablement ses questions, jusqu’à faire craquer les coutures de ses interlocuteurs. Interrogé sans ménagement sur un reportage bidonné, Jean Bertolino, grand reporter de TF1, explose en plateau : " On m’a dit que vous étiez une tique. C’est vrai, vous êtes une tique ! "

Réconcilié

Comme on a eu vraiment peur qu’il envoie par le fond toutes nos vedettes, on est allé voir à Canal+ Marc-Olivier Fogiel qui, en deux heures de courtoise interview, nous a aimablement rassuré. " C’est vrai, explique-t-il en s’enfilant son jus de poisson translucide, que j’ai été parfois un peu dur. Notamment avec Mireille Dumas. Mais on s’est réconcilié sur une plage aux Maldives. " Et Daniel Gilbert ? Elle a quand même pleuré dans votre émission ? " Là aussi, ça s’est arrangé. On est allé bouffer ensemble le soir même. Et je connais très bien son mec. Il y a quelques années, il m’avait proposé de bosser comme commercial dans son entreprise de forage pétrolier. C’est Antoine, le chanteur, qui me l’a présenté. "

Finalement correct et poli

Contrairement à un Pierre Bourdieu, Marc-Olivier Fogiel est un garçon qui, lorsqu’il ne fait pas son kakou à l’antenne, se révèle finalement correct et poli avec les gens du milieu (" Quand Jean-Pierre Cottet s’est fait limoger, je l’ai appelé pour lui dire que j’étais désolé. C’est normal, c’est mon pote. "). Marc-O, comme on l’appelle affectueusement à Canal, ne dégoise pas sans cesse sur la télé et ne pond pas de grandes théories sur l’incapacité des médias à s’auto-critiquer. Il préfère mettre en avant sa relation d’amitié avec Adamo.

Coup de coude complice

On en vient donc à se demander, en vrai professionnel, si l’apparente rage journalistique de Marc-Olivier Fogiel ne masque pas une vraie connivence. Cette théorie s’affine soudain lorsqu’on l’entend balancer à Pascal Sevran, une fois l’interview punching-ball terminée, " Quelle forme, coco ! " A ce moment-là, l’attaché de presse nous fut d’un puissant secours en nous faisant, sur le ton du coup de coude complice, cette confidence : " Ils s’envoient des piques, mais y a que les gens qui connaissent pas l’arrière-boutique qui croient que c’est vraiment méchant. "

Maîtrise du grand écart

Pour Canal, chaîne qui doit ménager à la fois les intérêts financiers de son empire et son image de marque auprès du public, Marc-Olivier Fogiel est l’animateur idéal, gant de crin à l’écran, brosse à reluire en coulisses. Pour arriver à une telle maîtrise du grand écart, Marc-Olivier a un secret : il a commencé à s’assouplir les adducteurs avant tout le monde. A 12 ans, rêvant de devenir un néo-Tintin, il rentre à RTL grâce au coup de pouce d’une journaliste aux dents cariées que soulageait la fraise de son papa. Chaque matin, Patrick Sabatier croise le jeune homme dans les couloirs de la station, le remarque, puis l’embauche à TF1. Marc-Olivier a alors 19 ans et déjà un sens aigu des relations publiques.

Gros carnet d’adresse

Sur Avis de recherche, il engraisse ce qui est aujourd’hui un des plus gros carnets d’adresses de la place de Paris et permet à Rika Zaraï de réaliser son rêve : chanter avec, comme décor de fond, des images de Prague tournées en direct. A la fin de cette époque bénie où les stars télés rebondissaient sur des matelas gonflés de Pascal, le crash de Sabatier (passé du 20h30 sur TF1 à l’oubli sur TMC) le fait vraisemblablement réfléchir. Même s’il ne l’avoue qu’avec une touchante pudeur : " A un moment donné, j’ai un peu mûri. Je ne me disais pas "C’est horrible ce que je fais" mais "Si je veux avancer, il faut que je fasse autre chose."

L’enfant loup

Tel Victor, l’enfant loup de l’Aveyron, Marc-Olivier Fogiel, l’enfant-loup de la télé, apprend à naviguer à l’instinct dans l’univers truffé de pièges et de projecteurs qui l’a vu grandir. Victor reconnaît comme personne les bons glands des mauvais. Marco, lui, refuse une place chez Foucault et rejoint l’équipe de Télé dimanche sur Canal. Avec Denisot, sa capacité à manoeuvrer dans le star-system, à gérer les budgets, à envoyer des bouquets de fleurs au bon moment, fait merveille. Marc-Olivier Fogiel devient en quelque mois le co-rédacteur en chef informel de l’émission puis, en 1996, lance et anime TV+, commérage sur la cuisine médiatique qui lui permet, enfin, de véritablement se " montrer à l’écran ".

Ulcère à l’estomac

A partir de cette époque, hallucinés par la trajectoire de cette dangereuse météorite protégée par Alain De Greef et devenue une signature de la chaîne à l’écran, les anti-Fogiel apprennent à fermer leur gueule. Canal, où l’on s’exprimait jusque là librement, inaugure les témoignages en " off " sur la vie interne. Aujourd’hui, seuls les potes du jeune prodige osent vous réveiller le matin sur votre portable pour vous confier ce secret déjà entendu plusieurs fois dans les couloirs de Canal : Marc-Olivier Fogiel prend son boulot tellement à coeur qu’il a un ulcère a l’estomac. Les autres préfèrent se taire ou parler en faisant jurer trois fois que leur nom ne sera pas mentionné dans l’article.

Fausse agressivité

Au final, les borborygmes des muets comme les témoignages anonymes arrivent tous à la même conclusion : " Marc-Olivier Fogiel est certes un gros bosseur, mais aussi quelqu’un d’assez tyrannique, fasciné par le monde des vedettes et qui n’en a rien à foutre du sens. Sa fausse agressivité, dit un ancien de la chaîne cryptée, est symptomatique du moment où Canal a commencé à ressembler à TF1. "

" C’est Dallas "

Après avoir entendu de violentes confessions, très rigoureusement multiplié les sources, entrecroisé les témoignages, bu des cafés et fumé des cigarettes, on en arrive à de tout bêtes questionnements rousseauistes : peut-on reprocher à quelqu’un qui a été bercé par la télé, qui a fait sa crise de puberté à RTL, qui a eu ses premières interrogations métaphysiques aux côtés de Patrick Sabatier de reproduire inconsciemment, avec une maîtrise extra-terrestre, la violence et les codes du monde factice qui l’a biberonné ?

Trésors de roublardise

Quel degré de responsabilité peut-on accorder à un jeune homme qui, d’un côté, déploie auprès des médias des trésors de méfiance et de roublardise afin de se bâtir une image de grand professionnel et qui, de l’autre, balance après quelques minutes d’interview " J’adore la télé, c’est Dallas. Un jour, t’es le patron de quelqu’un, le lendemain, c’est lui qui est ton patron " ? Que De Greef et Lescure ne viennent pas se plaindre si, dans quelques années, ils se font virer de Canal par celui qu’ils ont fait grandir pour servir leurs intérêts.

Pantin médiatique

Aujourd’hui, l’habileté de Marc-Olivier Fogiel à manier les complexes ficelles du pantin médiatique fascine le monde irresponsable dont il est le bébé éprouvette. Lui demande juste, sans doute en calculant les coups à venir, qu’on ne lui casse pas son joujou. " C’est imbécile de penser que la télé c’est de la merde, dit-il tendrement. La preuve, j’existe. "

[1] Le plan Northwoods, monté en 1961 par des militaires anti-communistes américains, visait à justifier une intervention au Cuba par des attaques sur des cibles civiles américaines. Ces attaques allaient ensuite été attribuées aux Cubains.

[2] Codes d’identification et de transmission de la présidence, cités selon Meyssan et le New York Times par les assaillants pour avertir le Secret Service américain d’une attaque sur la Maison Blanche et Air Force One.

[3] Le Monde Télévision, samedi 16 mars 2002

[4] Le Monde Télévision, samedi 6 avril 2002