Débauchez les meilleurs journalistes des Etats-Unis, demandez leur de produire un magazine de référence, pointu, réfléchi, analytique - faites les poser nus - et développez du service commercial à tout va. Vous obtiendrez Salon.Com., l’un des médias on-line les plus influents et (potentiellement) rentables de la vie politique américaine.
Règle des "3" C
Créé en 1994 sur les cendres de la lettre syndicale du San Francisco Examiner, la revue électronique de David Talbot est la seule publication autonome sur le Web qui puisse générer 15 millions de connexions par mois, sans soutien financier, ni relais d’un grand trust de communication. A la différence de Slate, son grand rival soutenu par Microsoft, le magazine a joué ouvertement la carte du racolage et du sens, tout en restant farouchement indépendant (45% du capital est détenu par le personnel). Ses chroniqueurs sont des stars - James Carville, le conseiller en image de Bill Clinton est un des collaborateurs - , ses journalistes se prêtent à une mise en scène surprenante (Susie Bright, la chroniqueuse sexe du magazine se dénude régulièrement pour l’illustration de ses propres articles), ses titres à la une n’ont rien à envier à ceux de la presse people (révélations des liaison extra-conjugales de Henry Hide, chef de file du camp républicain à la chambre des représentants), et pourtant ses articles font - paradoxalement - autorité dans les milieux industriels et politiques US. Enquètes de fond, analyses décalées, signatures prestigieuses, l’identité du magazine est aujourd’hui tellement forte que Salon.com tire 25% de ses revenus avec la vente de produits dérivés. Un joli semi-succès (tout est relatif) qui repose sur la règle des "3 C", revendiquée par David Talbot : "Contenu, Communauté, Commerce".
Image moderne et intelligente
Un contenu d’exception (des infos dont on n’avait jamais parlé) créé une communauté de lecteurs d’exception (âge moyen 34 ans, fort pouvoir d’achat) qui consomme des produits d’exception dans un environement on-line favorable. Problème : cette belle équation ne serait rien sans le développement tout azimut de partenariats commerciaux et services d’achat groupés. Talbot, ancien hippie socialiste californien, en a fait l’amère expérience : la publicité elle seule ne peut pas faire vivre un média on-line, même avec un contenu remarquable et une audience à faire pâlir ABC.com. Seule l’interconexions avec des sites marchands, disposant d’un catalogue énorme mais souffrant d’un déficit d’identité, permet aujourd’hui à Salon.com de sortir la tête du peloton. Un peu d’image moderne et intelligente contre un peu de rabais sur des Tv à écrans plats, et le tour est joué. Salon.com permet aujourd’hui à de grandes marques de toucher sur Internet des cibles qui leur échappent, et les grandes marques lui permettent d’exister avec sa différence. Conclusion, pour créér de nouveaux médias sur Internet : soyons plus créatifs que la moyenne, mais aussi mercantile que d’habitude. Dernière minute : Salon.com pourrait devenir Salon.fr. David Talbot serait actuellement en négociations pour implanter son magazine en France.










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