On ne dit pas assez que le métier d’animateur est une profession à hauts risques. Que pour passer à la télé, il faut parfois savoir aller jusqu’au don de soi.
Visage souriant et crispé
Sophie Fontanel avait failli mourir un jour où, à Cannes, Antoine de Caunes avait entrepris de faire péter un stock de saucisses au large de la Croisette. Le bateau pneumatique depuis lequel l’animatrice présentait une séquence de NPA était passé juste à l’à -pic de la charge explosive. L’accident avait été évité de justesse. Dans une veine moins grandiloquente mais tout aussi périlleuse, Alexandra Leroux tutoie chaque semaine les frontières du sacrifice. Tous les mardi (1), sur canal Jimmy, la demoiselle anime "T’es toi !", une émission sur les jeunes qui a voulu se payer à moindre frais un emballage funky. Résultat : pour faire craquer les moins de dix-huit ans, la pauvre Alexandra n’est pas filmée sur un plateau de télé mais montée sur une trottinette à moteur de couleur jaune canari. Tout en lançant les séquences, la brunette slalome au milieu de la circulation parisienne en jetant un œil inquiet aux automobiles qui déboîtent et un œil enjôleur à la caméra qui la fixe. Le concept est vraiment top mortel (c’est le cas de le dire) et on se demande combien de temps Alexandra va réussir de telles pirouettes sans finir encastrée dans un camion benne. Car plus que l’émission en elle-même (pas mal faîte au demeurant), c’est cette mise en scène qui captive l’attention. Alexandra va-t-elle se faire écraser ? Va-t-elle survivre à cette nouvelle édition de "T’es toi !" ? Telles sont les questions anxieuses que se pose le téléspectateur en regardant le visage à la fois ultra crispé et professionnellement souriant de l’animatrice.
Que ce monde est cruel
Au final, on se demande de quel cerveau totalement pervers a bien pu sortir une telle idée, déclinée avec une délectation sadique jusqu’à l’ultime séquence de l’émission, sorte de bêtisier où sont montrées les chutes de l’animatrice. Génial ! "Top cool ! Dément ! On la garde !", doit s’esclaffer le réalisateur en regardant son malheureux cobaye embrasser les pare-chocs. "T’es-toi !" restera donc, pour les animateurs de seconde zone, comme l’émission emblème, celle qui est là pour leur rappeler cette immuable vérité : avant de devenir une star, on n’est rien moins que pas grand chose au service d’un dispositif, on est la chair à canon du spectacle. Si elle veut continuer sa carrière, Alexandra devra survivre à "T’es toi !" Et, devenue enfin une étoile du PAF, elle s’accrochera comme une sourde aux barreaux en haut de l’échelle de peur d’avoir à redescendre un jour sur sa trottinette. Dieu .










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