"Un jour, j’ai failli mourir… J’avais avalé deux bouteilles de citrate de magnésium, une centaine de Dulcolax et cinquante Correctols. Ce sont des laxatifs, vous savez…" Décembre 1999, quelque part à Los Angeles dans les studios de la chaine Extra TV. Shane et Sia Barbi (voir photo) répondent à leurs fans sur Internet. Question d’un internaute : "Comment avez vous fait pour maigrir autant" ? Réponse des deux bimbos : "Nous nous sommes enfermés dans l’appartement d’un ami en Floride. Et nous avons jeté les clefs. Nous n’avons rien mangé pendant des semaines. C’était très dur - parfois nous avions envie de lécher les murs - mais quand nous sommes ressortis, nous avions perdu notre peau d’orange (rires…)". Comme l’animateur Chico D’agneau (ex-Groucho & Chico) ou la chanteuse Yazoo, les Barbi Twins ont connu par le passé quelques problèmes de surcharge pondérale.

Mais à la différence de Rika Zarai - ou du versan obèse de la famille Dolto (Carlos) -, les deux jumelles ne semblent avoir maigri que pour mieux s’inventer un discours social, là où leur incroyable circonférence mammaire (voir photo) leur servait de tribune publique. A la fin des années 80, ces deux sirènes - clônées par la grâce d’une gémellité parfaitement conforme avec le rêve américain, provoquèrent un nombre d’accidents tout à fait respectable, lorsque la forme ambigu de leurs énormes mamelons fut placardée sur les immeubles de Sunset Boulevard. Cinq ans d’une carrière extatique de top modèle balnéaire et deux couvertures de Playboy plus tard, les Barbi Twins allaient disparaître des podiums après l’aveu public de leurs désordres alimentaires et d’une fâcheuse tendance boulimique à proximité des restaurants "All you can eat". L’histoire s’arrêterait là - et personne ne s’en plaindrait - si entre temps, les fiancées gonflées de l’Amérique n’avaient conçu en secret l’un des fabuleux plan marketing qu’on ait jamais vu de mémoire de mannequin slovène.
Come-back étourdissant

Après quelques études de diététiciennes vite torchées à l’Université de Californie, un pseudo jeûne dans un logement à Miami bouclé à double tour et une dizaine de manuels de beauté hawaïens parcourus à la va-vite, les Barbi Twins allaient faire un come-back étourdissant en 1998 , grâce à un concept simple - devenu désormais un cacique de la profession : les top-modèles aussi peuvent avoir des kilos en trop et de la cellulite. Savamment dosée dans les médias US, la nouvelle de leur retour fit l’effet d’une bombe au moment même où la dictature du top-modèle anorexique et de la mannequin tout court commençait à s’essouffler. Voire à agacer. Servies par un physique naturellement empâté et deux paires de seins riches et onctueux - certifiés d’origine -, les Barbie Twins vendirent en quelques mois plus de vidéos et de calendriers à leur effigie qu’Elle Mac Pherson et Victoria Principal réunies. Baromètre indiscutable des succès d’aujourd’hui, leurs photos furent rapidement parmi les plus recherchées et téléchargées d’Internet, après celles de Pamela Anderson et la créature de Rosewell. Sollicitées pour leur science des petits plats hypo-caloriques par les associations d’obèses, les Barbi Twins quittèrent progressivement le string des débuts pour endosser l’uniforme pailleté des auteurs de régimes best-sellers. Leur dernier bouquin "Dying to be healthy and fit" (Mourir pour avoir l’air mince et en bonne santé, ndlr) caracole en tête des ventes depuis plus de 20 mois.

Leur vie - depuis le ranch familial de Santa Fe, aux dernières recettes homologuées de jus de fruits amaigrissants - vient d’être adapté en cartoons par Marvel Comics. On dit qu’ Hollywood planche également sur une version sitcom et docu-soap pour la TV. Problème : les Barbi Twins jouent comme des cruches et ne s’en cachent pas. Mais qu’importe… Leur public, qui vient d’acheter pour près de 3 millions de dollars de produits dérivés (pin’s, Video K7, Cd-Roms), en redemande.
Pas besoin d’eau

Par un étonnant mélange d’érotisme familial, de conseils diététiques et de formules capillaires au vinaigre, les Barbi Twins sont devenus les premières cover-girls avec un public d’enfants en bas âge et de ménagères de plus de 30 ans. Leurs calendriers dénudés, truffés d’anecdotes et de conseils de beauté à base de masques faciaux à la mayonnaise et de régimes "fromages et viandes", trône en évidence dans la cuisine de chaque bonne famille américaine. Pour des millions de femmes obèses, les sœurs Barbi sont la preuve vivante qu’on peut avoir été ogresques et redevenir désirables, grâce à une volonté de fer (le coup de l’appartement) et à une hygiène alimentaire irréprochable. "Aujourd’hui, nous buvons tellement de jus de fruits que nous n’avons pas besoin d’eau" déclarent, sans rire, ces deux porte-voix gentiment décérébrés de la vie saine, qui passent leur journée devant la chaîne scientifique Discovery en écoutant du Vivaldi. Filles d’une ancienne candidate refoulée au concours Miss Amérique - recyclée depuis en passionaria de la cause lesbienne -, les Barbi Twins ont bâti un petit empire financier à base de photos de charmes et de conseils de beauté, sans jamais publier autre chose que la courbe de leurs hanches (le galbe d’un sein…) et quelques recettes de grand-mères pour améliorer l’épiderme.
Mais quand ?
Pas de sexe, ni de pubis apparent, pour une imagerie sexuelle et une idéologie au kiwi qui fascine l’Amérique profonde. La recette est odieuse. Mais elle a fait ses preuves, dans un pays où il est plus facile d’obtenir une fellation d’une inconnue, que de pratiquer la sodomie sur son épouse légitime. Adoubées par le couturier Thierry Mugler, encensée par le journaliste Ariel Wizman de Canal Plus, les Barbi Twins pourraient bientôt débarquer en France. Mais quand ? En attendant ce jour béni - où nos fantasmes de poupées échangistes et de fromages au lait cru trouveraient enfin leur aboutissement-, et à l’occasion de la sortie en kiosques du dernier numéro du magazine Technikart consacré à l’enfumage sexuel contemporain (on en parle beaucoup, plus personne ne fait rien), nous souhaitions rendre ici un hommage appuyé - et tout en images - à ces deux incroyables jumelles, version Max Pécas des Pointer’s Sisters (elles sont dans la vie les nièces des Andrew’s Sisters, deux stars de la radio des années 60) dont personne n’a jamais vu les fesses en entier, mais dont tout le monde sur Internet s’est surpris un jour à rêver.










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