Voici le "double informationnel", une copie dans laquelle ce n’est plus seulement votre apparence physique qui est clonée, mais également vos goûts, vos préférences, votre propre sensibilité. A charge pour ce double, mi-réplicant, mi-valet électronique, d’aller explorer à votre place les multiples réseaux d’information, de télé-achat et autres bases de données qui constitueront demain les immenses espaces de données du cyberspace.
Science-fiction ? Pas du tout. Cette notion de double informationnel n’est jamais que la transposition du concept d’"agent" sur lequel travaille la très sérieuse société californienne General Magic. "Start-up" de luxe, regroupant quelques-uns des meilleurs concepteurs logiciels de la planète, General Magic aligne dans son capital le plus beau tour de table que l’on puisse rêver, de Sony à ATT, en passant par Apple, Philips, Matsushita, Motorola et bien d’autres. Bref, le gotha industriel mondial des technologies de l’information. Pourquoi autant de bonnes fées autour du berceau de ce qui n’est, finalement, qu’une PME d’une centaine de personnes ? C’est que les grosses têtes de General Magic -qui n’ont pourtant rien de cyberpunks- développent des concepts assez bluffants, tels que Telescript, un logiciel révolutionnaire destiné à équiper la prochaine génération de communicateurs personnels. Descendants, en plus sophistiqués, du rustique Newton d’Apple, ces derniers sont des téléphones-ordinateurs miniatures cumulant dans un volume très compact les avantages d’un micro-ordinateur (traitement de texte, disque dur…) à ceux d’un téléphone cellulaire mobile. Grâce à la connexion sans fil, ils permettront, quel que soit l’endroit, non seulement de téléphoner, transmettre des messages ou des fax, mais aussi de se connecter à l’ensemble des réseaux d’information et bases de données de la planète. D’ici l’été, les premiers exemplaires de ces nouveaux sésames électroniques commenceront à être commercialisés aux Etats-Unis au prix de 2 000 dollars. C’est parce que la quantité d’information accessible "en ligne" grâce à ces communicateurs personnels va de devenir très vite gigantesque, que General Magic a introduit dans Telescript ces fameux "agents".
Gardiens de vos préférences, ces agents -en fait des modules logiciels très facilement programmables- seront chargés d’assurer pour vous un certain nombre de missions. Comme, par exemple, rester en permanence à l’écoute du "cyberspace" pour capter les informations susceptibles de vous intéresser. Ou encore trier, selon vos propres sujets d’intérêt, les nouvelles du jour afin de vous livrer tous les matins votre journal électronique personnalisé. Ces valets électroniques pourront aussi assurer des tâches plus sophistiquées. Par exemple : faire à votre place la tournée des différents réseaux de téléachat afin de dénicher la bonne affaire. Et c’est là ou les choses se corsent. Il ne faut pas être devin pour penser que l’irruption de ces consommateurs virtuels dans les réseaux de ventes "en ligne" ne laissera pas longtemps indifférents les géants du commerce, évidemment très attentifs à cette évolution vers le shopping électronique. Après tout, virtuel ou non, un client reste un client. Qu’il convient de séduire, allécher et convaincre. Comment ? Et bien tout simplement en déployant aux endroits-clefs du cyberspace des "contre-agents vendeurs", leurres électroniques qui sauront capter l’attention des braves "agents clients". Et s’appuyeront rapidement, n’en doutons pas, sur une panoplie d’arguments et de ficelles électro-marketing particulièrement affûtée. La boucle est bouclée. Relativement anodine, cette notion d’"agent" cache en fait une profonde révolution des circuits marchands et des intermédiaires. Un dernier conseil : ne communiquez jamais votre numéro de carte de crédit à votre double électronique. On n’est jamais trop prudent.