Cette année, la Tate Gallery nous présentait le parcours de quatre artistes nommés pour le prix Turner, qui récompense de 20 000 livres celui dont l’exposition a le plus stimulé la discussion publique au sujet des dernières productions de l’art contemporain. La britannique Rachel Whiteread, qui a déjà exposé à la galerie Burres à Paris, nous proposait le moulage de l’intérieur d’une maison de l’East London juste avant sa démolition. Vong Phaphanit faisait lui aussi dans l’extraordinaire en créant son "Neon rice field" où il avait disposé sept tonnes de riz sur six tubes de néon. C’est dans l’interaction d’une matière organique et d’un produit créé par l’homme que réside l’intérêt de la recherche de cet artiste. Dans cette œuvre particulière, les rayonnements des néons a travers le riz translucide donnent des effets d’une grande réussite. Sean Scully, quant à lui, a joué sur le phénomène du "pentimento", c’est à dire un effet qui se produit quand les premières couches de peinture diffusent leurs subtilités à travers celles qui ont été posées par dessus.
C’est Rachel Whiteread qui a remporté le prix, sponsorisé par Channel 4, ses œuvres ayant été jugées "classiques", nourries des échos des anciennes tombes égyptiennes et capables de toucher les thèmes fondamentaux comme la mort, la solitude, les SDF…
Les critiques d’art anglais, d’esprit plutôt conservateur, et même avec des préférences pour l’art figuratif, ont été troublés par cet avant-gardisme radical des juges du prix Turner. Malgré une majorité d’œuvres d’art conceptuelles, on pouvait également trouver des œuvres abstraites.
La K. Foundation, désireuse de se faire un maximum de publicité, a décidé, pour sa part, d’allouer 40 000 livres chaque année à l’artiste qui a produit, selon elle, les pires œuvres. A leur actif, ses membres ont peint des slogans "It’s grim up north" ("Le nord, c’est moche") sur les ponts de l’autoroute M1 ; ils ont fait, aussi, irruption avec un cadavre de mouton au dîner officiel de remise d’un prix de pop music. Ces anciens membres du groupe KLF ont publié un manuel pour ceux qui veulent réussir un tube, avec remboursement en cas d’échec. Rachel Whiteread a prévenu d’avance qu’elle refuserait les 40 000 livres, au cas ou elle serait lauréate, ne désirant pas être associée à la K. Foundation. La K. Foundation a répliqué en menaçant de brûler les 40 000 livres, que Rachel avait bien sûr gagnées, en place publique. Rachel Whiteread a finalement accepté l’argent mais pour le remettre à des SDF et à dix artistes dans le besoin. L’esprit londonien, aussi destroy pour la musique (KLF) que pour le cinéma (Naked), la mode (Westwood) ou l’art moderne peut nous choquer, nous dégoûter et nous séduire tout en nous guidant sur le chemin de la décadence jusqu’à la castration (nécessaire, évidemment, pour nous rendre compte de notre manque d’omni puissance) à tel point qu’on se demande si c’est le début de la fin et qu’on va repartir dans une tout autre direction, par exemple un romantisme échevelé, ou si c’est la fin du début et qu’on va avoir droit à des expériences si exigeantes, et poussées à un tel degré, à travers tous les matériaux existants, que nous en deviendrons de vrais légumes, spectateurs passifs de la virtualité.
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QUAND LES AFFREUX S’INTÉRESSENT À L’ART CONTEMPORAIN
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