La légende de Ron Jeremy est celle qui touche les hommes qui se sont sentis à un moment de leur vie un peu trop petits, un peu trop gros, un peu trop poilus, un peu trop moches. C’est à dire tous les hommes. Le Porc-Epic, pour lui donner son surnom le plus connu, est toutes ces choses à la fois. Caricature de l’hormone mâle montée sur jambes (poilues), Ron Jeremy incarne physiquement ce que l’être humain a de plus vil.

Gras du bide

Or cette créature peu ragoûtante pratique depuis vingt ans une activité improbable et plutôt réservée aux grands malabars à mâchoire carrée : hardeur. Eh oui, ce petit bonhomme gras du bide passe sa vie à turlupiner de superbes créatures lascives pour le bonheur de tous et, n’en doutons pas, pour le sien avant tout. Avec plus de mille films à son actif et une collection de conquêtes estimées à cinq fois ce chiffre, Ron Jeremy peut observer sa carrière avec une sérénité plutôt satisfaite.

Théatre amateur

Et pourtant, ce pervers sexuel auto-revendiqué aurait pu suivre un tout autre chemin. Un bref frisson parcourt notre échine lorsqu’ on apprend que Ron Jeremy a failli être instituteur et qu’il est encore possesseur de sa licence l’autorisant à éduquer la progéniture d’une Amérique qui ne sait pas à quoi elle s’expose. "J’ai commencé en 1978 en faisant du théatre amateur, off-Broadway" affirmait-il au magazine The Onion. "Après une séance photo pour Playgirl, on m’a proposé un rôle que j’ai refusé. Et puis j’ai changé d’avis et ça dure depuis."

24 centimètres

Son physique de turc lascif est complimenté par un un sexe d’une taille qu’il corrige modestement à "vingt-quatre centimètres. Pas vingt-cinq. Certains magazines me font cadeau du centimètre supplémentaire, mais la vérité, c’est vingt-quatre. Ce qui n’est pas mal." On aurait du mal à le contredire. L’histoire de Ron Jeremy est bardé d’anecdotes virant à la légende. Fils d’un officier dans le génie (ça ne s’invente pas) et d’une cartographe, il aurait découvert l’inhabituelle taille de son sexe un matin en colonie de vacances...

Auto-fellation

En se penchant pour nouer les lacets de ses godillots, il s’aperçoit à l’aune d’une érection matinale qu’il pouvait s’administrer une auto-fellation. Une joie intime qu’il n’avait pas l’intention de partager avec le monde, préférant se consacrer à ses études et à une carrière d’acteur sérieux que son physique lui interdisait toutefois.

Le porno avec indulgence

Les rôles qu’il décroche dans des pièces d’Oscar Wilde et de Nikolaï Gogol ne suffisent pas à le faire vivre, pas plus que sa carrière potentielle d’instituteur pour enfants handicapés pour laquelle il obtient sa maitrise. L’éducation libérale et intellectuellement ouverte, ainsi que l’atmosphère générale du New York de la fin des années 70, permet à Ron Jeremy de percevoir le porno avec indulgence, voire un brin d’espoir.

Immonde petit bonhomme

"Au départ, je me croyais encore acteur. Je baisais en vivant dans la peau de mon personnage. J’ai vite compris." Outre ses prédispositions anatomiques évidentes, Ron Jeremy a rapidement utilisé les traits caractéristiques de son physique pour créér le personnage qui a fait sa gloire, celui du porc-épic, de l’immonde petit bonhomme pervers qui se tape les plus belles femmes au monde.

Moustache fleurie

Avec une bonne humeur communicative et un sens de l’humour directement hérité de sa culture juive new-yorkaise, Ron Jeremy est rapidement devenu le héros des amateurs de porno qui ne se reconnaissent pas dans les faciès atones des hardeurs anonymes. Contrairement à ces montagnes de muscles au regard absent, Ron Jeremy, avec son gros ventre velu et sa moustache fleurie, son gros nez et son sourire de diablotin, est devenu une star.

Frénésie cocaïnée

Très demandé dans les années 80, il a pris sa célébrité à bras-le-corps, alternant des shows de comédie et des apparitions télévisuelles, démontrant qu’on peut travailler comme les castors et en avoir dans le crâne quand même. Invité à toutes les fêtes, il devient l’entremetteur des rencontres entre starlettes du X et rock stars, initiant la relation tumultueuse entre le guitariste de Guns’n’Roses, Slash, et Savannah, superbe beauté blonde qui se suicidera dans une frénésie cocaïnée après qu’un accident de voiture lui ait brisé le nez.

Chouchou des skatters

Il minimise toutefois sa participation aux choses. "Les rock stars peuvent se taper plus de chagattes en un soir que je ne le fais en une année. Ils n’ont pas besoin de moi, croyez-moi. Tout ce que j’ai fait, c’est dire Savannah, voici Slash, Slash voici Savannah." Mais rien n’y fait, Ron Jeremy est le chouchou des rockers, des rappeurs et de la génération skate, qui a quasiment grandi avec son gourdin pour biberon.

"They Bite".

Il ne faut pas longtemps pour qu’il apparaisse dans leurs chansons (Sublime, Blink-182) et le cinéma traditionnel fait appel à lui puisqu’il joue son propre rôle dans un film gore de catégorie Z intitulé, ce n’est pas une blague, "They Bite". Ses talents vont même jusqu’à la réalisation, dont celle de la cassette la plus vendue de la décennie, "John Wayne Bobbitt-Uncut", mettant en scène le susnommé, célèbre pour avoir subi une brutale ablation du sexe par son épouse jalouse.

Queutard rigolard

La fin des années 90 consacre sa célébrité avec toute une ligne de merchandising Porn Star figurant son souriant visage, des apparitions dans des films légitimes (mais médiocres) tels que le bien nommé "Orgazmo", des créateurs de "South Park", "Killing Zoe" et "Studio 54", alors que "Boogie Nights" le voit intronisé "creative consultant". Laissant quelques instants tomber le masque du queutard rigolard, il admet comprendre qu’une fille ne veuille pas de lui. "Ça ne me pose jamais de problèmes."

Leçon d’humanité

" On peut enlaidir, mais la qualité d’âme est quelque chose qui reste toujours." Une leçon d’humanité inattendue de la part du Porc-Epic mais sa personnalité est aussi généreuse que son gros ventre et c’est probablement pour cela qu’il est l’objet d’une affection à laquelle aucun autre hardeur ne peut prétendre. Ce qui fait aussi qu’après un premier documentaire comique, "From Here to Obesity", un véritable film biographique est en passe de sortir.

Comme tous les autres

"Porn Star : The Legend of Ron Jeremy" est le coup de chapeau du réalisateur Scott J. Gill à vingt ans de joie de vivre incarnés en un seul homme. Troglodyte affable, Ron Jeremy représente une sexualité joviale et saine, qui montre au mal ajusté de ce monde un peu d’espoir et un fantasme auquel il peut pour une fois s’identifier. Et espérer un jour atteindre les sommets de plaisirs auxquels cet homme, comme tous les autres, a eu accès un matin qu’il se penchait pour lacer ses chaussures...